La ville, toujours plus loin des campagnes
La moitié des habitants du Puy-de-Dôme vit aujourd’hui loin des villes qui concentrent l’essentiel des services, des emplois… et des moyens de communication. Un problème qui s’aggrave depuis des décennies et qui prend, avec la hausse du coût de l’énergie, un caractère parfois dramatique.Une véritable inégalité est ainsi née entre les villes et les campagnes, qui devient encore plus insupportable depuis l’avènement du numérique qui a créé un besoin d’immédiateté : aller où on veut, quand on veut, immédiatement.Les pouvoirs publics, notamment le Département (la compétence mobilité appartient à la Région mais est souvent déléguée aux Départements qui ont une meilleure connaissance du terrain) consacrent d’importants moyens pour faire face à cet isolement mais le problème semble parfois insoluble avec des zones rurales qui se dépeuplent, une population de plus en plus dispersée, un vieillissement qui s’accélère, des conditions climatiques plus difficiles, un réseau routier moins performant et un renchérissement du coût de l’énergie.Est-il possible de faire face à tous ces handicaps ? Nous avons rencontré des maires de ces communes isolées, souvent partagés entre résignation et combativité.Chateldon. Tony Bernard, maire de Châteldon, une commune rurale de 800 habitants, résume un problème que partagent bien d’autres élus : « Chez moi, la taille des communes est très réduite : sur les trente communes de la communauté de communes, seule Thiers a un niveau de transports vraiment adapté. Il n’est pas raisonnable d’imaginer un service de transports en commun régulier sur d’aussi petites communes ».
« Les mailles du filet sont trop grandes »Celles-sur-Durolle. Le discours est le même pour Olivier Chambon, maire de Celles-sur-Durolle : « Ici, la voiture particulière reste le moyen le plus adapté, sur une commune de plus de 1.700 habitants dont plus de 1.000 vivent dans les 65 hameaux qui la composent. Le bus qui vient au centre bourg ne dessert qu’un cinquième des habitants. Les mailles du filet sont trop grandes et même sur les grands axes, on a des problèmes : on a mis en place une ligne Thiers-Clermont express en trente minutes direct, mais on a dû mal communiquer, car la ligne la plus fréquentée reste celle de la montagne thiernoise qui relie Thiers à Clermont en 1 h 45 et 45 arrêts ».Le covoiturage, dans lequel le Département a beaucoup investi en multipliant les parkings relais, a pu apparaître un temps comme la solution, mais il a ses limites : « Notre aire de covoiturage fonctionne assez mal car personne ne veut aller au même endroit à la même heure. Ça ne marche que sur les grosses destinations comme Constellium (à Issoire, NDLR) ».Sur le sujet, Tony Bernard préfère voir le verre à moitié plein : « Ça marche vraiment sur les grosses destinations : le parking autour du péage de Thiers (via Clermont) est arrivé à saturation. Mais parfois, il faut faire autrement, comme chez Sanofi (à Vertolaye, 860 salariés, NDLR) qui a mis en place son propre système de ramassage pour pallier la carence de transports publics ».Le problème reste complexe et la population doit bien souvent s’en accommoder… avec un certain savoir-faire : « Paradoxalement, nos gens évoquent peu les problèmes de mobilité, à part celui du déneigement. Et ces problèmes ne deviennent réels qu’en matière d’emploi. Les emplois sont en ville et le coût du transport devient énorme. Chez nous, certains y consacrent un tiers de leur salaire, entre le carburant, les péages et l’entretien du véhicule », précise Olivier Chambon.Dominique Giron, maire de Condat-lès-Montboissier et chargée de la transition énergétique et du numérique au Département, veut croire au développement du numérique « qui permet aux gens de moins se déplacer. Au Département, plus de 10 % de nos 2.500 agents, soit environ 300, sont en télétravail. C’est autant de déplacements économisés. Mais il sera de plus en plus difficile de gérer le besoin d’instantanéité des gens. Et il ne faut pas se tromper de cible : les bourgs centres comme Courpière ou Olliergues souffrent beaucoup plus que les petites communes rurales qui n’ont jamais eu d’autre choix que le transport individuel et se sont habituées à des dépenses énergétiques plus fortes qu’ailleurs, en transport, en chauffage ». En conclusion, c’est évidemment à tout le monde de s’y mettre : « Le Département est le mieux armé pour gérer les gros tuyaux et les communes et intercommunalités les petits ». Et pour le reste, ce sera aux gens… de se débrouiller.
Les chiffres du Puy-de-DômeLes territoires ruraux accueillent plus d’un Français sur trois (un Puydômois sur deux), soit plus de 22 millions de personnes (plus de 300.000 personnes dans le département).
Les Puydomois sont en moyenne à 12 minutes d'un hôpital. Un chiffre plutôt satisfaisant.Entre les communes les plus denses et les moins denses, les temps d’accès à ces services vont du simple au triple. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les franges du Puy-de-Dôme (Sancy à l’ouest, Livradois à l’est) qui ont des densités d’une dizaine d’habitants au km2 contre près de 300 au centre sur une ligne Riom Issoire passant par Clermont-Ferrand. Pourtant, le département fait bonne figure en Auvergne : on y accède plus rapidement aux commerces et services que la population auvergnate, mais moins rapidement que la population française. Un Puydômois met en moyenne une minute en voiture pour atteindre les équipements de proximité (boulangerie, médecin généraliste…). Cinq minutes pour l’accès aux services intermédiaires (laboratoire d’analyse médicale, supermarché, collège…) et 12 minutes quand il s’agit de rejoindre les équipements de la gamme supérieure (service d’urgence ou lycée d’enseignement général…). Tous ces temps d’accès sont inférieurs à ceux relevés en Auvergne (respectivement 2, 6 et 14 minutes) mais supérieurs au niveau national (respectivement 1, 4 et 9 minutes). En outre, l’accès aux équipements est inégal selon la commune de résidence. Les habitants des communes situées au nord du bassin de vie de La Bourboule, au sud de celui de Pontaumur ou encore à l’ouest de Brassac-les-Mines ont les temps d’accès aux équipements les plus longs du département.