Il avait transporté des agneaux du Puy-de-Dôme à l'Isère sans autorisation et dans des conditions déplorables : deux mois ferme
« Sans vouloir faire du Brigitte Bardot, votre entêtement à maltraiter vos animaux est inacceptable… » Quelques secondes avant de requérir une peine de prison ferme à l’encontre du prévenu, le procureur tente de provoquer une réaction chez cet agriculteur jusque-là impassible, ce lundi, face au tribunal clermontois. Raté. Le quinquagénaire au regard absent semble définitivement ailleurs.
Le même a été épinglé en septembre 2016, sur la foire de Beaucroissant (Isère). Ce matin-là, il venait de parcourir près de 250 kilomètres, depuis son exploitation de l’arrondissement de Thiers, avec trente-sept agneaux et un poney entassés dans une bétaillère de 9 m2. Des animaux destinés à la vente.
Ni protection, ni eau, ni nourritureLes agents de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) procèdent dès son arrivée à un contrôle. Et ce qu’ils découvrent est édifiant. Au terme d’un transport effectué sans la moindre autorisation, deux ovins ont péri. Un troisième apparaît mal en point. Le reste du troupeau est toujours dans la remorque, sous un soleil de plomb, sans protection, ni eau, ni nourriture. D’autres infractions – comme l’absence de certificats sanitaires – sont relevées.
« Je vais sur cette foire depuis vingt ou trente ans, j’ai toujours fait comme ça et je n’ai jamais eu de problème, persiste le prévenu. Pour l’eau par exemple, j’allais demander à un autre exposant de me prêter un seau, c’est tout. »
Multi-récidiviste en la matièreProblème : le Puydômois a déjà été condamné à quatre reprises dans le passé pour des manquements identiques. Il avait même fait l’objet d’un contrôle tout aussi catastrophique une semaine avant son voyage en Isère… « Le sort que vous réservez à vos bêtes interpelle vraiment », s’étonne la présidente, Marie de Naurois.
Me Lhéritier, en défense, a beau dénoncer « l’acharnement injuste des agents de la DDPP » à l’égard de son client, la sanction tombe. Le récidiviste écope de deux mois de prison ferme et de 2.340 € d’amende.
Stéphane Barnoin