La boulangerie de Bellegarde-en-Marche (Creuse) est en danger et compte sur la solidarité
Une simple cagnotte participative sur Internet peut changer le cours de plusieurs existences. En proie à de grandes difficultés financières, la seule boulangerie de Bellegarde-en-Marche a reçu l’aide de trois couples possédant une résidence dans la commune. Ces derniers ont mis en place une cagnotte sur le site Leetchi, demandant 4.500 euros pour le commerce. Pour combler les impayés de mandataires, la boulangerie étant en redressement judiciaire depuis 2014.
La somme a été atteinte rapidement grâce à un travail de tractage dans le village. « Mais, la cagnotte est encore disponible jusqu’au début du mois de juin, explique Raphaël Merot, une des personnes à l’origine de l’acte de soutien. S’ils peuvent obtenir plus pour couvrir tous les frais… »
Succession de problèmesC’est une succession de malchances qui a entraîné Laurence et Didier Lecuier dans cette situation inextricable. Propriétaires de la boulangerie depuis 2004, ils enclenchent des travaux pour agrandir le fournil en 2008. Montant : 80.000 euros.
Raphaël Merot (en rouge) a participé au lancement de la cagnotte pour la boulangerie.Quelques mois après leur installation, le couple fait face à la fermeture de la deuxième boulangerie de la commune. Il faut alors assurer le travail. En 2012, leur banque leur conseille de regrouper leurs différents prêts pour le fonds de commerce, les travaux et l’habitation en un seul. Une décision qui les met dans l’embarras, les forçant à rembourser de grosses mensualités.
Surtout que la même année, Didier apprend qu’il est atteint d’un cancer de la peau. Il doit se mettre en retrait. Laurence et Valérie, la vendeuse, assurent à deux, le temps d’une année. « Mais ce n’était pas possible, tranche Laurence. On a dû recruter un boulanger en 2014, et avec les charges, ça nous revenait à 4.000 euros par mois. »
La recrue reste quand même quatre ans, avant que Didier ne puisse reprendre le flambeau. « Mais là encore, on a dû débourser 5.000 euros pour le licenciement », souffle Laurence. Les commerçants assurent également des tournées grâce à une employée supplémentaire. Cette dernière jette l’éponge en 2014. « Elle s’est mise en arrêt maladie, puis en congés maternité. On devait payer 90 % du salaire plus les charges. La sécurité sociale ne prenait pas tout en charge. » Récemment, l’employée a demandé une rupture conventionnelle, acceptée par le couple.
Si on n’avait pas un enfant de 14 ans, on aurait pu repartir en vivant dans notre voiture, mais la donne est différente.
Mais le trou s’est creusé, creusé… Si bien que Laurence et Didier ne pouvaient plus vraiment payer les échéances mensuelles des mandataires. Ils sont donc régulièrement passés par la case tribunal ces derniers mois. Avec un nouvel épisode le 28 mai prochain. « C’est là qu’on saura si on ferme ou pas. » Et la question ne concerne pas que leur commerce. Leur maison, hypothéquée, est aussi dans la balance. « Si on n’avait pas un enfant de 14 ans, on aurait pu repartir en vivant dans notre voiture, mais la donne est différente. »
Un peu de sérénitéPetit rayon de soleil dans la tempête : cette cagnotte. Et un rapport de la Chambre des métiers, qui pousse le dossier de la boulangerie et qui conclut que malgré ces nombreux aléas, le commerce est viable sur le long terme. Bref, les propriétaires ont retrouvé un peu de sérénité. « Depuis quelques mois, on se sentait submergés, on ne dormait plus. » Cette cagnotte est arrivée comme un canot de sauvetage.
Et elle a amené la solidarité du village avec elle. Seul bémol, le manque de considération de la municipalité au début des problèmes. « J’ai prévenu le maire il y a trois mois, mais je n’ai pas eu de réponse, confirme Laurence. Après le lancement de la cagnotte, il a dit qu’il ne s’était pas rendu compte de la situation. » Cependant, ce dernier souhaite être présent lors du rendez-vous au tribunal le 28 mai à Guéret. Et les soutiens devraient s’y montrer nombreux pour accompagner le couple. « C’est une mobilisation globale, sourit Laurence. En même temps, cette boulangerie n’est pas que la nôtre, c’est aussi celle des habitants de Bellegarde. »
Participer. La cagnotte est disponible sur le site leetchi.com : « Sauvons la boulangerie de Bellegarde en marche ».
Romain Conversin