Quelle est la particularité du « Jardin du paresseux » implanté à Ahun (Creuse) ?
Assis sur un petit tabouret en plastique vert, Laurent Willig coupe des salades aux longues feuilles vertes et brunes. « C’est de la cressonnette marocaine. Le feuillage se rapproche de la feuille de chêne », indique le jardinier amateur, qui porte tablier, bottes et chapeau de pluie en cette journée de mai orageuse.Photo - Alex Overton
Chaque matin, ce retraité passe plusieurs heures dans son potager extraordinaire, à Montcouyoux, un village situé à quelques kilomètres d’Ahun. Baptisé « le Jardin du paresseux », il est constitué à 90 % de bacs de culture surélevés. « À l’origine, l’idée était de se nourrir soi-même, d’essayer d’être autosuffisant, raconte ce Parisien venu passer sa retraite en Creuse en 2000. Je suis tombé sur un bouquin écrit par un Canadien, Larry Hodgson, qui a mis au point ce système pour jardiner trois semaines avant la fonte des neiges. »
Quinze immenses bacs en boisEn Creuse, même si les hivers peuvent être rigoureux, Laurent Willig n’a pas de problème avec la neige. « Mon souci, c’est le mal de dos », sourit-il. Et d’ajouter, avec humour : « L’instrument le plus important, c’est le tabouret. Avec ça, vous pouvez rester des heures à désherber, à gratter… »Photo - Alex Overton
Installé à Ahun depuis six ans, il a construit lui-même quinze immenses bacs en bois avec des planches en douglas non traité. Les rectangles mesurent 3 mètres de long sur 1,20 mètre de large. Après avoir mis du carton au fond pour éviter les mauvaises herbes, le jardinier-bricoleur les a bourrés de terre. « Un terrassier est venu les remplir. Il faut 1,5 tonne de terre par bac. C’est le moment difficile, quand on crée ce type de jardin, car il y a d’énormes camions qui arrivent chez soi. Mais après, on est tranquille. » Il est aussi possible de faire des carrés plus petits. Dans ce cas-là, on peut les remplir à la pelle.
La seule obligation, selon Laurent, c’est que les bacs fassent au moins 60 cm de haut afin de pouvoir jardiner assis ou même debout, sans avoir à se pencher.
« Je l’ouvre au public car c’est un jardin accessible aux personnes handicapées. On peut circuler avec un fauteuil roulant, précise le propriétaire. C’est aussi idéal pour les personnes âgées qui ne peuvent pas se baisser. »
Laurent Willig a aidé à l’installation de bacs surélevés dans plusieurs maisons de retraite en Creuse. « L’an dernier, trente Ehpad sont venus visiter mon jardin. »
Épinards, salades, radis, poireaux, ail des ours…Il fait pousser tout un panel de fruits et légumes. Son épouse, elle, préfère les fleurs. De beaux rosiers ont été plantés à côté des bacs en bois. Le retraité a une préférence pour la culture des légumes « un peu chers » comme l’ail. « C’est vendu 8 à 10 euros le kilo, alors que c’est simple. On le met en terre en septembre et on s’en va. On revient en juin et il n’y a qu’à cueillir. Ça ne devrait pas être aussi cher. »
Dans l'écrin méconnu du jardin de Val Maubrune à La Brionne (2017)
Laurent Willig sème et plante tout en automne. Les légumes arrivent en février-mars. Épinards, salades, radis, poireaux, ail des ours… C’est un vrai régal à l’arrivée des beaux jours. Il consomme sa production avec sa femme et en donne aux voisins. « Je me promène avec ma brouette. Je fais le tour du village », glisse-t-il avec humour.Photo - Alex Overton
Il a également bricolé une serre semi-enterrée et un tunnel où grimpent des fruits et des légumes. « Regardez?! Les petits pois grimpants sont en fleurs, montre le jardinier en se faufilant à l’intérieur de la galerie. Il y a aussi des fraises Mount Everest. » À ses pieds, les orties se mélangent aux herbes folles. « J’essaye de ne pas trop intervenir. Je me sers de l’ortie pour faire du purin. Il y a aussi de la consoude qui a poussé naturellement dans mon jardin. » Il utilise cette plante aux jolies fleurs mauves pour faire de l’engrais. Le jus de consoude permet d’accélérer la croissance des fruits.
Dans son jardin au naturel, Laurent n’utilise ni engrais ni insecticide. Il fait attention au mariage des plantes. « Il faut par exemple planter l’ail avec des plantes compagnes, c’est-à-dire pas avec des haricots verts mais avec des fraises ou des carottes. »
Un paillis avec de la laine de moutonL’autre particularité du « Jardin du paresseux » est d’utiliser de la laine de mouton comme paillis. « Un jour, un copain m’a dit qu’il allait amener à la déchetterie des sacs de laine de mouton qui étaient dans son grenier, se souvient le retraité. J’ai eu l’idée de les récupérer. » Photo - Alex Overton
La laine est disposée entre les rangées de légumes. « C’est génial?! Ça évite que les mauvaises herbes poussent. Chaque année, je déplace d’un rang, ça m’évite de bêcher. L’inconvénient du paillage classique, c’est que ça prend l’azote de la terre. Là, ça n’est pas le cas. Et en plus, il y a de tous petits champignons qui se créent et qui fertilisent la terre. Au début, on m’a pris pour un fou?! Maintenant, on m’appelle pour me donner de la laine. »
Jus de fraises fraîches tous les matinsLaurent Willig n’avait jamais cultivé de potager avant son arrivée en Creuse. « Je n’ai aucun antécédent dans le jardin ni l’agriculture. Je suis un pur Parisien. Mais je voulais être vétérinaire quand j’étais jeune. J’ai un rapport à la nature important », confie le retraité, qui a fait carrière dans les assurances.Photo - Alex Overton
Il est visiblement heureux de sa nouvelle vie en pleine nature. « Le matin je suis au jardin. Après je me repose, comme tout bon paresseux », glisse-t-il avec espièglerie. Chaque jour, au petit-déjeuner, il savoure un jus de fruits frais réalisé avec les fraises du jardin. « C’est un peu un art de vivre. »
Laurent Willig aime transmettre sa passion : il ouvre son potager au public lors des « Rendez-vous aux jardins » ou par le biais de l’association « Open gardens » dont il est membre. Il a comme projet de créer un réseau « pour réunir les gens qui voudraient jardiner comme moi, avec des bacs surélevés et de la laine de mouton ».
Visites Le Jardin du paresseux, 32 Montcouyoux, Ahun. 06.76.03.16.90. Ouvert les 7, 8 et 9 juin dans le cadre des « Rendez-vous aux jardins », 5 €. Les 15 et juin avec le CPIE sur le thème du jardin au naturel, de 10 h à 12 heures et de 14 h à 18 heures. Les 29 et 30 juin avec « Open gardens » : Laurent Willig fera visiter trois autres jardins à Ahun, dont le parc du château de la Chezotte, de 10 h à 12 heures et de 14 h à 18 heures, 10 € pour tout.
Catherine Perrot
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