La mémoire de six jeunes raflés à Brive sortie de l'oubli par le projet Brundibar
"Ce projet représente énormément d'émotions. Rien que d'en parler, j'ai la gorge serrée. Je connaissais cette histoire, cet opéra Brundibar joué par les enfants à Terezin, mais c'est la première fois que des établissements scolaires prennent l'initiative de parler de ces enfants. Il n'y a qu'à Brive qu'on n'oublie pas."
Rescapée des camps de concentration, en dernier de Terezin dont elle a connu la libération par les Russes, Frania Haverland était présente, ce mercredi, au lycée Cabanis, à Brive, pour apporter la dernière pierre à un projet construit depuis le début de l'année scolaire par des élèves des lycées Cabanis et Danton et de l'ensemble scolaire Edmond-Michelet.
Une "volonté commune de briser les clivages entre enseignement privé et public, lycée général et professionnel, entre technique et culture, histoire et lettre", a souligné Céline Buge, initiatrice avec sa collègue Nelly Cabanot de ce projet exemplaire. Une démarche citoyenne dans laquelle chacun, avec ses compétences, a un rôle à jouer."
Une plaque pour les trois chefs d'établissement.
Théâtre et opéraLe projet un peu fou, profondément humaniste surtout, de renouer avec le passé de six jeunes réfugiés juifs raflés, à l'été 1942, dans le dortoir de l'Ecole pratique de Brive - l'actuel lycée Cabanis. De faire revivre également l'opéra Brundibar, qui fût joué par les enfants du camp de Terezin à l'été 1944 notamment, lors d ela visite d'une délégation de la Croix-Rouge.
A quelques heures du spectacle, écrit, interprété et créé de toutes pièces par les élèves des trois établissements ce vendredi soir, dans la salle culturelle d'Allassac, une cérémonie commémorative a été organisée au lycée Cabanis. une cérémonie pour rendre hommage aux six jeunes raflés brivistes et aux milliers d'enfants qui ont connu l'horreur comme eux.
La cérémonie a été ponctué par des chants vibrants interprétés par la maîtrise de l'ensemble scolaire Edmond-Michelet.
La mémoire gravée dans une plaque
"La culture du futur doit s'appuyer sur le présent, qui dans un moment comme aujourd'hui est très agréable, et sur le souvenir, a évoqué d'entrée le proviseur de Cabanis Thierry Lacaze. "Aujourd'hui, les jeunes font vivre et se sont emparés du devoir de mémoire dans lequel ils ont mis tous leurs corps et tout leur cœur."
Brundibar, une histoire à réécrire
Après que la maîtrise de l'ensemble scolaire Edmond-Michelet a interprété Nuit et Brouillard et Le chant des Marais, les élèves techniciens d'usage de Cabanis ont dévoilé la plaque qu'il ont réalisée et portant les six noms des jeunes raflés à Cabanis. Les trois établissements en accrocheront une à leurs murs.
De même, des médailles commémorant le projet ont été offertes à diverses personnalités, enseignants, proviseurs, élus, représentants d'associations d'anciens combattants ; à Frania Haverland.
Frania Haverland, marraine du projet Brundibar, en maîtresse de cérémonie commémorative.
C'est vous qui ferez un monde un monde de fraternité, un monde meilleur. Je crois en vous !
"Moi, les nazis ont fait de mon adolescence des années de terreur. Ils m'ont privée de mes études et de ma famille. A 19 ans, je n'ai connu que les camps, les kapos et les chiens, le sadisme et la mort, la mort, présente à chaque instant", a témoigné Frania Haverland en conclusion de cette cérémonie forte d'une rare émotion. "Ceux qui passeront devant ces plaques sauront que ces jeunes avaient, comme eux, un nom et un avenir qui s'est brisé pour devenir un numéro avant de se dissoudre dans la fumée d'un four crématoire."
C'est vous qui ferez un monde un monde de fraternité, un monde meilleur. Je crois en vous !
Blandine Hutin-Mercier