"C'est pour les enfants qu'on se bat" : la colère du personnel du Centre départemental de l'enfance et de la famille du Puy-de-Dôme
Personnel épuisé. En colère. La banderole placée à l’entrée du Centre départemental de l’enfance et de la famille (CDEF), à Chamalières, fait passer les mêmes messages que ceux que l’on peut voir dans certains services hospitaliers, partout en France. En filigrane, comme ailleurs, on devine un manque de moyens, une tension au travail…
Dans ce centre, financé par le conseil départemental du Puy-de-Dôme dans le cadre de sa politique de protection de l’enfance, le vase semble avoir débordé au sortir de l’été. Un été difficile, selon le commentaire unanime des représentants Sud Santé sociaux du personnel. « Nous étions en suractivité dans tous les services. C’est le cas depuis plusieurs mois mais nous l’avons vraiment ressenti en juillet et en août, avec les congés, les arrêts maladie, les moyens supprimés année après année. » Ils regrettent de ce fait « les conditions d’accueil compliquées », avec « des groupes très denses. On se retrouvait cloisonnés dans le centre, faute de véhicule adapté à ce nombre de personnes ».
Adrien Taquet, secrétaire d'État, en visite au CDEF (avril 2019)
Pour rappel, le CDEF accueille en urgence des enfants ou des adolescents mineurs, de 0 à 18 ans, la plupart sur placement judiciaire, mais aussi des jeunes majeurs jusqu’à 21 ans, des femmes enceintes, des mères et des couples parentaux dont le point commun est d’avoir besoin d’un soutien matériel et/ou psychologique. Des situations d’urgence dont s’occupent toutes sortes de métiers : des éducateurs spécialisés de jeunes enfants, des auxiliaires de puériculture, des infirmiers, des psychologues, etc.
Selon les délégués du personnel, c’est la qualité de ce travail qui est remise en cause aujourd’hui.
Ce ne sont pas des enfants qu’on accueille en crèche. Il y a tout à reconstruire chez eux. Il s’agit d’enfants qui ont parfois des troubles importants. Des collègues ont noté des régressions en arrivant ici alors qu’on essaie plutôt de les pousser vers le haut. Il nous faudrait 20 agents supplémentaires et des locaux moins exigus.
A la rentrée de septembre, le personnel, réuni en assemblée générale en présence de chefs de service, a décidé de se faire entendre. D’abord à travers une journée de grève, le 5 septembre. Puis lors d’une entrevue avec le vice-président du conseil départemental, Alexandre Pourchon, et la directrice du Pôle Solidarités sociales, Véronique Martin Saint-Léon, la semaine dernière.
Ce mardi 8 octobre, une nouvelle assemblée générale devra déterminer quelle est la suite à donner à ce mouvement de contestation, à quelques jours du comité technique d’établissement (le 16 octobre) et du conseil d’administration (le 18 octobre). L’idée d’une grève illimitée circule.
"Le ras-le-bol est général. Le personnel est en souffrance, nous ne sommes pas satisfaits de la prestation qu’on propose... C’est pour les enfants qu’on se bat."
Et de citer des statistiques. Parlantes. « Au centre parental, on accueille 16 mamans avec autant d’enfants. Pour un seul éducateur le week-end ! » Ou encore : « Normalement, il devrait y avoir 10 éducateurs pour 8 ou 9 jeunes. Nous, nous sommes 2 pour 13... Et, aujourd’hui, la charge de travail est beaucoup plus chronophage qu’il y a quinze ans, alors que le taux d’encadrement n’a pas évolué ».
Les revendications que les représentants syndicaux présenteront au personnel ce mardi après-midi reposeront donc sur ces constats : baisse de la capacité d’accueil à 8 enfants par groupe, création d’un sas d’accueil transversal pour les 3 à 18 ans, alignement du taux d’encadrement sur la moyenne nationale...
L’urgence« On ne peut pas régler tous les problèmes en même temps. Il y a une urgence, c’est régler les problèmes des plus petits. J’ai plaidé le dossier de la pouponnière auprès du président du conseil départemental. A la dernière session, le conseil départemental a voté une subvention au CDEF de 280.000 € pour l’ensemble des frais d’études et de pilotage du projet. Et ça, ce sont des vrais cailloux sur le chemin. La décision politique est prise. Après, que le personnel trouve que ça ne va pas assez vite, je les comprends mais c’est un projet qui va prendre du temps… et de l’argent ».
L’avenir« Au niveau de la capacité d’accueil, nous avions 300 familles d’accueil il y a dix ans et elles prenaient plus de la moitié des enfants qui étaient confiés. Après être tombé à moins de 200, on commence aujourd’hui à remonter. Le conseil départemental a lancé une grande campagne de recrutement d’assistants familiaux. Ce ne sont pas des postes pour le CDEF mais ils vont permettre de réduire les effectifs.
En ce qui concerne les taux d’encadrement, le secrétaire d’État en charge de la protection de l’enfance lance une campagne nationale. Sur ce point, on ne peut pas tout changer sans participer activement à ces concertations ».
La réflexion« Si aujourd’hui, j’avais quelque chose d’innovant à proposer, ce serait qu’on améliore l’accompagnement des professionnels qui prennent les enfants en charge, qu’ils surmontent le sentiment d’isolement face au problème qu’ils ont à traiter. Ce n’est pas forcément sur le taux d’encadrement que je jouerais. Mais, je le précise, nous sommes sur des pistes de travail. »
Le personnel« Nous sommes très attentifs à leur inquiétude. On a créé une nouvelle unité en urgence à la pouponnière, cet été, pour pouvoir réorganiser le travail. On ne les laisse pas tout seuls, ce n’est pas vrai. »
Thierry Senzier