Le professeur Chazal, neurochirurgien retraité du CHU de Clermont-Ferrand, secouru en mer après s'être auto-diagnostiqué une péritonite
Il est des jours où la vie soudain bascule. Plus enclin à réparer voire à sauver la vie de sportifs de haut niveau ou de patients lambda, victimes d’accidents ou atteints de maladies neurologiques, le professeur Jean Chazal vient de réchapper lui-même à la mort.« Il y a dans notre pays des compétences inouïes et des organisations parfaites, je dois la vie à tout cela », nous a confié le neurochirurgien, retraité du CHU de Clermont-Ferrand, alors en convalescence dans des montagnes qui lui sont chères.
Une péritonite en pleine mer. Durée de survie : 6 heuresEn août dernier, alors qu’il convoyait un catamaran de La Rochelle jusqu’à Port-Camargue, une péritonite, en pleine mer, a, en effet, marqué un coup d’arrêt à ses nouvelles activités (1).
Le professeur Chazal revient de loin. Rupture d’un abcès appendiculaire torpide, méconnu : 1 cas sur 1 million ! Durée de survie : 6 heures. Une inflammation aiguë du péritoine, urgence chirurgicale qui constitue « la » pathologie redoutée des marins. Ceci, à plus de 250 km des côtes, dans l’Atlantique?!
Le sentiment d’une mort imminenteAlors qu’il est de quart, vers 7 h 30, ce 12 août, il est pris d’une douleur intense et brutale à l’abdomen. S’ensuit une fatigue extrême. Pas de température. Pouls filant…
« J’ai suspecté le diagnostic et je me suis dit que j’allais mourir dans la journée »
Le sentiment d’une mort imminente. « Par chance, mes deux coéquipiers, Phil et Régis, ont été très réactifs ». En haute mer, contacter les secours n’est pas chose aisée. Il a fallu déclencher deux procédures. La seconde, une balise de détresse satellitaire permet d’alerter le Cross, Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage du Morbihan. Il est 10 h 40. À partir de là, tout s’enchaîne. Une opération de sauvetage millimétrée et diligentée par le Cross et la base militaire de Mont-de-Marsan (2).
Un hélitreuillage complexe par l'armée de l'airMalgré la houle, un hélicoptère de combat hélitreuille Jean Chazal, alors en hypothermie (34 de température). 13 h 40 : il est transféré à l’hôpital militaire de Bordeaux et opéré mourant. En état de choc.
« Dans l’hélico, je ne me souviens que d’une chose : les membres de l’équipage étaient tous souriants, pleins d’empathie, de compassion »
Voilà, le professeur Chazal vient d’expérimenter la situation de l’urgence absolue. De l’intérieur…
Une organisation des secours exemplaireUne organisation incroyable, des secours exemplaires, au service des victimes en mer, quelles qu’elles soient. « En France, ce système international de secours à la personne est d’une efficacité remarquable, une chaîne de solidarité professionnelle, hypercompétente, humaine… Voilà ce que fait l’État », souligne le neurochirurgien reconnaissant. Il doit la vie à tout cela et certainement aussi à sa grande forme physique et mentale, due à une hygiène de vie exemplaire.De la notion du temps qui passe, Jean Chazal retient désormais celle du temps qui reste, avec un optimisme, plus grand que jamais.
(1) Jean Chazal convoie bénévolement des bateaux sortis d’usine jusqu’à leurs propriétaires.(2) En fonction du type de secours, peuvent intervenir en mer l’armée, la protection civile, la gendarmerie ou la Société nationale de sauvetage en mer…
Michèle Gardette