Premier jour du procès Séréna, « le bébé dans le coffre » de Corrèze, en appel à Limoges
Ils sont peu à avoir eu cette vision d’horreur. Un garagiste et ses collègues seulement, qui ce vendredi 25 octobre 2013, ont ouvert un coffre de voiture et qui resteront hantés à jamais. Ils sont peu, et pourtant, cette image d’une toute petite fille de 23 mois, désarticulée, en sueurs, rachitique, vivant dans ses excréments, au milieu de larves et de mouches, découverte dans le coffre d’une voiture familiale, a choqué tous les esprits.
Des vestiges de cet enfer confiné, soit dans ce coffre ou dans le sous-sol d’une maison, ont été regoupés dans la salle d’assises de la Haute-Vienne. Un biberon délabré, des peluches sales.
Terrasson : une fillette retrouvée déshydratée dans le coffre d'une voiture
Deux ans de calvaireCe lundi, a débuté le procès de Rosa Maria Da Cruz, 51 ans, jugée en appel pour « violence volontaire ayant entraîné une infirmité permanente » sur sa fille, prénommée Séréna depuis sa naissance jusqu’à ses 23 mois.
Discours lissé. Rosa Maria Da Cruz a été extraite de la maison d’arrêt de Limoges où elle purge la peine de deux ans ferme prononcées par la cour de Corrèze le 16 novembre 2018.
Malgré ses traits tirés, son teint terne, l’accusée paraît calme et s’exprime avec une certaine aisance. Elle évoque son enfance, de ses parents, « je m’entendais très bien avec eux », des relations avec son compagnon, « on a des hauts et des bas mais on s’aime », de ses trois premiers enfants, « ils ont chacun leur caractère »... avant que les avocats de la défense et l’avocat général ne s’agacent, relevant la superficialité de ce discours.
« Vous nous décrivez une situation de famille idylique à laquelle nous ne croyons pas. »
« Vous nous décrivez une situation de famille idylique à laquelle nous ne croyons pas, coupe l’avocat général. Il y a quand même des soupçons de violence de votre compagnon sur vous, et c’était quand même un pilier de bar ! Et votre deuxième enfant, s’il est si réservé, vous ne croyez pas que c’est parce que vous avez fait aussi un déni de grossesse pour lui et qu’il se dit “je l’ai échappé belle ?” ».
J’étais seule et je ne savais pas que c’était un bébé.
C’était là, le point d’acchoppement de toute cette affaire et dès le départ de cette première journée d’audience : le déni de grossesse. Avec des mots simples, probablement étonnants pour les non-initiés à cette question tellement diffcile et si peu comprise, Rosa Maria Da Cruz a tenté d’expliquer ce qu’elle a ressenti au moment d’accoucher, parès ces deux dénis de grossesse; celui concernant son deuxième fils et celui concernant Séréna.
Le déni en question« Quand mon fils est né, je ne voulais pas le voir. Je ne savais pas que c’était un bébé. Heureusement, il y avait ma famille quand j’ai accouché. Ce sont eux qui m’ont dit que c’était un bébé. C’est cela qui l’a sauvé, souffle-t-elle. Pour Séréna, j’étais seule et je ne savais pas que c’était un bébé. »
Un état de sidération psychique
Des explications difficiles à entendre pour qui n’a pas vécu un tel traumatisme. Mais reprises avec toute la force du savoir, de l’expertise et de la conviction du professeur Delcroix, spécialiste en gynécologie obstétrique. « La médecine ne connaît pas le déni de grossesse, assure-t-elle. Quand une femme est poursuivie pour meurtre, on retombe au 18e siècle. Quand une femme expulse de son corps sans avoir conscience d’avoir été enceinte et quand elle est seule, elle est dans un état de sidération psychique. Elle ne peut faire face à cette réalité. Quand elle est entourée, ça va bien se passer mais si elle est seule, elle va faire disparaître cette réalité dans un sac poubelle ou dans un congélateur. Dans les conditions qu’elle décrit l’accouchement, la mort de l’enfant aurait dû suivre, mais là, elle l’a reconnu comme quelque chose qu’elle ne pouvait pas éliminer. Est-ce que la société va mieux se protéger en condamnant pénalement une femme qui n’avait pas conscience ? »
Des propos qui ont soulevé l’indignation du Conseil départemental, de l’association Enfance et partage et Innocence en danger, parties civiles. Le débat sur la question est relancé.
Coralie Zarb