En Corrèze, l'horizon bouché des sous-traitants de l'aéronautique
Tenir, au moins jusqu'à la fin de l'année 2020 : c'est désormais la stratégie d'Eric Dupinet, à la tête de la société briviste Débitex, reconnue dans l'usinage de précision, une PME impliquée dans de grands programmes de développement de moteurs d'avions civils et militaire.
L'aéronautique décolle en Corrèze avec Débitex (juin 2017)
Mais en quelques semaines, ce patron de 27 salariés, spécialisés dans la production de pièces techniques et fines, est passé d’un avenir prometteur à un horizon « atone, sans son et sans image ».
45 à 50 % de chiffre d'affaires en moins en avrilL’épidémie de Covid-19 et le coup d’arrêt économique lié au confinement sont passés par là. " On avait prévu de faire 2 millions d’€ de chiffre d’affaires cette année. Nous n’y serons pas. En avril, on a perdu 45 à 50 % de notre chiffre ", témoigne Éric Dupinet.
Fermée deux semaines en mars 2020, la PME a repris le travail début avril et tourne désormais à 65 % de ses capacités. " Avant le confinement, nous avions une lisibilité sur six mois ", a confié le gérant au préfet de la Corrèze, venu sur place, pour prendre le pouls. " Aujourd’hui, c’est deux semaines ".
Les commandes ont quasiment disparu et les stocks s’accumulent, contribuant à déséquilibrer un peu plus la trésorerie. Eric Dupinet attend avec impatience le plan que doit présenter mardi 9 juin 2020 le gouvernement en faveur de l’aéronautique.
"Entre sous-traitants, on parle d’une reprise à la mi 2021, voire en 2023. C’est trop loin… J’espère surtout un allègement des charges pour tenir jusqu’à la fin de l’année 2020".
15 % d’activité partielle, une réorganisation interne en deux équipes, un temps hebdomadaire de travail tombé à 30 heures, une demande de prêt garanti par l’État… Débitex a paré au plus pressé.
De gros investissements lancés avant le confinementLes promesses du secteur aéronautique, notamment la nouvelle génération de moteurs d’avions, avaient poussé Débitex à beaucoup investir : 1,2 million d’€ pour doubler la surface de l’atelier et 640.000 € dans de nouvelles machines.
" On va aller jusqu’au bout du chantier. On ne peut pas le laisser à moitié terminé". Éric Dupinet refuse tout catastrophisme : " On va faire du rangement et de la formation en interne. Mais le nerf de la guerre, ce sont bien les commandes. Les 2 à 3 prochains mois vont être compliqués ".
Dans l’ombre, les sous-traitants corréziens constituent la base de la chaîne aéronautique (mars 2018)
Eric Porte