Une caissière compile des anecdotes : "Si tu ne travailles pas bien à l’école, tu finiras caissière comme la dame"
«Vous êtes très charmante, je vous laisse mon numéro ! ». En première ligne aussi, les caissières, pour la drague lourde ! Si bien que cette jeune femme a choisi de traiter avec humour son quotidien dans un livre, baptisé Clients casse-couilles (Les éditions de l’Opportun), entre ceux qui font partie des murs, ceux qui se permettent à peu près tout… Peut-être même que certains se reconnaîtront. Cynthia Renoux, qui écrit sous pseudo, travaille depuis 13 ans dans le secteur « caisses », en Bourgogne.
Un examen "loupé à pas grand-chose", et puis...Un métier débuté pour payer ses études d’anglais. Puis ce furent une licence et un master d’enseignement « loupés à pas grand-chose », en pleine réforme, un voyage à l’étranger… et puis « il fallait refaire deux ans, j’avais 25 ans, j’ai arrêté mes études ». De retour en France, elle reprend alors son job dans un supermarché. Aujourd’hui, à 32 ans, elle est devenue responsable des caisses dans un magasin « à taille familiale, où on se connaît tous ». Ce qui aide à passer les moments difficiles. Comme le week-end dernier, où un client arrivé à la fermeture du magasin s’en est pris à elle. « En prendre plein la tête et se faire pourrir » pour une promotion en rupture, une erreur d’affichage… elle sait ce que cela veut dire.
« Avec le temps, j’ai pris du recul. Je ne le prends plus personnellement même si on est humain, on a des sentiments et que sur le moment on est à 20 de tension. Je me dis que cela aurait été pareil quelle que soit la personne en face ».
Cynthia gère aussi les cycles des consommateurs. « En début de mois, au moment de la paie, les gens craquent beaucoup sur les promotions. Mais, à la fin du mois, comme pour beaucoup de monde, c’est plus compliqué, alors ils épluchent les tickets de caisse et si jamais il y a un différentiel d’un centime avec le prix affiché, ils font des réclamations à l’accueil ».
La « folie » avant le confinementJuste avant le confinement, ses collègues et elle ont vécu un « week-end de folie ». « On a doublé, voire triplé le chiffre d’affaire. Le magasin était blindé. Les gens passaient avec des caddies à 400/500 euros ! ». De la farine, de la levure de boulanger, des œufs, des pâtes, du papier toilette… Aujourd’hui encore, tout n’est pas rentré dans l’ordre, dit-elle. « Il manque encore quelques références dans les rayons. Les gens vont sans doute mettre du temps à comprendre qu’il ne sert à rien de faire autant de stocks », croit-elle. Cynthia dit ne pas avoir « psychoté » pendant la crise sanitaire. « Ici, cela s’est plutôt bien passé, les mesures de protection ont été prises, il n’y a pas eu d’arrêt ».
Un métier en première ligne. Photo AFP
Si son livre s’attarde sur des clients « relous », ils ne sont qu’une minorité, confie-t-elle, « touchée » par les attentions de certains pendant le confinement.
« Quelques-uns ont été adorables. Ils ont pris du temps pour nous, nous ont offert des chocolats ou des gâteaux. Ce sont des choses qui nous touchent ».
Est-ce que la crise changera quelque chose pour ces métiers en première ligne ? Elle n’en paraît pas convaincue. En tant que responsable et à temps plein (36, 45 heures), elle gagne 1.400 euros, travaille tous les samedis et un dimanche sur trois.
« Il y aura toujours une classification dans les métiers. Et hôte de caisse n’est pas un métier qualifié, donc on sera toujours en bas »
Il lui est arrivé plusieurs fois que des parents lui jettent au visage devant leur enfant : « Si tu ne travailles pas bien à l’école, tu finiras caissière comme la dame ». « Les gens ne se gênent pas. Sauf que la dame, elle a bac + 5 ! Je fais ce métier par choix et je l’aime. Chaque profession a ses mérites et ses inconvénients. Peu m’importe ce que pensent les gens. Peut-être qu’un jour quand j’aurai fait le tour, je changerai, mais pour l’instant, je m’amuse ! ».
Florence Chédotal
Blagues récurrentes : – Bonjour, avez-vous la carte de fidélité ? – Ah non, je ne suis pas fidèle, mais il ne faut pas le dire à ma femme hein ! Liste des choses les plus absurdes volées : Des sacs en plastique en bout de caisse, la déco de Noël du magasin, le cheddar en tranches pour les burgers, les bonbons en bout de caisse… « Clients énervants » : Quand les clients passent en caisse et qu’ils sont au téléphone et ne te calculent pas une seconde. Pas de bonjour, de merci ni d’au revoir. Les cas lourds : Ceux qui passent à la caisse « moins de dix articles » avec 15 articles, ceux qui ramènent 20 coupons de réduction, ceux qui retournent en rayon alors que l’encaissement a commencé…