Comment les entreprises s'adaptent à la crise et relancent leurs activités ? Erasteel nous a ouvert ses portes à Commentry (Allier)
« Bonjour, veuillez vous désinfecter les mains et remplir ce petit questionnaire sur votre état de santé s’il vous plaît ». Non, il ne s’agit pas là d’un rendez-vous médical mais du nouveau protocole d’entrée des visiteurs à l’usine Erasteel de Commentry, dans l'Allier.
Spécialiste de la fabrication d’aciers rapides ainsi que du recyclage des métaux, cette entreprise a bien voulu nous accueillir afin de nous montrer comment elle a fait - et fait encore - face à la crise sanitaire du Covid-19.
Une évolution de la situation de février à début avril« Nous avons instauré les gestes barrières et mis en place une cellule de crise dès février, avant même le confinement », renseigne Franck Bellemain, le responsable hygiène et sécurité. « Puis nous avons généralisé le télétravail mi-mars, avant de fermer complètement du 27 mars au 5 avril [avec un recours au chômage partiel] pour désinfecter l'ensemble du site », complète Philippe Oudet, son directeur.
Pourquoi un arrêt aussi court ? « Beaucoup de nos clients sont asiatiques. Ils ont passé le pic du Covid avant la France et ont vite repris », explique-t-il. « On devait donc redémarrer nous aussi pour honorer nos commandes, rattraper le retard accumulé et surtout ne pas perdre de parts de marché ».
Au cœur de l'aciérie.Des conséquences sur l'activité et le chiffres d'affairesL’usine de Commentry, qui emploie 300 personnes, est l’une des huit d'Erasteel, elle-même filiale du groupe Eramet. Son activité principale est donc la fabrication d’aciers rapides, revendus une fois les produits finis sous la forme de barres, pour en faire de l’outillage (forets, tarauds...). Mais avec cet arrêt momentané de la production, « il y a eu une baisse inévitable », constate Philippe Oudet.
« On a encore pas mal de commandes à traiter jusqu'aux vacances d’été... Mais on s’attend ensuite à un ralentissement sur le second semestre 2020. »
De quoi creuser le chiffre d’affaires d’Erasteel, qui s’élevait à 205 millions d’euros en 2019 sur le cumul total des huit sites?? « Heureusement, notre autre activité, qui est le recyclage, est moins dépendante de la conjoncture ». Ce qui peut permettre de limiter la casse. « On travaille surtout sur les catalyseurs usés de l’industrie pétrolière », décrit Stéphane Chorlet, le directeur commercial du secteur. « On les recycle afin de récupérer les métaux, pour les revendre ou les réutiliser ».
Même si elle ne représente que 15 % du chiffre d’affaires contre 75 % aux aciers rapides, la filière « va se développer dans les années à venir et devenir notre ligne directrice », assure-t-il. « De plus en plus de nos clients souhaitent mettre en place des projets environnementaux ». Si bien que le recyclage des piles et batteries, stoppé à Commentry depuis 2018, devrait prochainement être relancé.
Des mesures d'hygiène strictes à présent en vigueurMais tout ceci doit désormais s'accompagner de règles sanitaires. Pour faire rimer reprise d’activité avec hygiène et sécurité. Par petits groupes, la quasi-totalité des salariés a notamment dû assister à une « réunion d’accueil » animée par l’infirmier de l'entreprise.
Les premières réunions ont duré plus d'une heure. On a remis aux salariés un livret d’informations sur le virus et on les a rassurés. Mieux vaut dépenser un peu de temps ici, pour ensuite en gagner à l’usine. Franck Bellemain (responsable hygiène et sécurité)
Marquage au sol et respect des distances.
Effectivement, dans l’atelier comme dans l’aciérie, ça file droit : marquage au sol, distributeurs de gel, lavage très régulier des établis par les employés eux-mêmes, espacement des postes de travail et réorganisation des horaires pour limiter les regroupements... « Que ce soit aux bureaux ou à l’usine, chacun a au moins une tâche de nettoyage par jour », poursuit-il.
Qu’en pensent les premiers concernés?? « Il a fallu un peu de temps avant de s’y habituer, mais c’est pour notre bien », confie un salarié de l’aciérie. Parfait, on n’a donc plus qu’à partir. « Euh, Monsieur, pouvez-vous aller vous laver à nouveau les mains avant de ressortir s’il vous plaît?? ». La sécurité au sens propre...
La désinfection des postes de travail est désormais effectuer par les salariés eux-mêmes.
Covid-19 : l'industrie tourne au ralenti dans le bassin de Montluçon [25/05/2020]
Luc Barre Photos Florian Salesse