Erwan Nigon (SRC Kawasaki) a attendu d'avoir 36 ans pour passer son permis moto
Depuis jeudi 4 juin, Erwan Nigon est officiellement titulaire du permis moto. Le pilote professionnel du team SRC Kawasaki a été reçu à l'examen dès sa première tentative. Rien d'exceptionnel vu ses qualités au guidon, on en attendait pas moins du champion du monde d'endurance 2019.
Mais ce qui interpelle davantage, c'est l'âge auquel le pilote riomois, 36 ans, s'est décidé à passer le permis moto, alors qu'il a obtenu le permis auto dans ses années de jeune adulte et qu'il détient même depuis longtemps les permis poids lourd et super lourd.
"Je n'avais pas l'utilité du permis moto"Pourquoi alors avoir attendu autant avant de frapper à la porte d'une moto école?
"J'ai toujours la tête dans le guidon et je n'avais pas l'utilité du permis moto, répond le double vainqueur des 24 Heures du Mans, qui s'est mis au pilotage en circuit dès l'âge de 14 ans. Mais avec le temps, mes goûts ont changé et ma façon d'aborder la moto aussi. Et puis un ami, Max Caillet (patron de CMC Formation, ndlr), m'a poussé à essayer. Il tient une moto-école au circuit de Charade. J'y suis allé, j'ai pris des leçons et tout s'est enchaîné..."
Le plus difficile a été de repasser le code. "C'est moins naturel que le pilotage pour moi. Il y a de nouveaux panneaux et il a fallu que je planche sur le sujet".Erwan Nigon, champion du monde d'endurance, vient d'obtenir le permis moto. Le pilote riomois s'est décidé à le passer à 36 ans, convaincu par un ami, Maxime Caillet, exploitant de la moto-école CMC Formation, à Charade.
"La difficulté sur le plateau, c'était d'être lent"L'épreuve de maniabilité, jeudi 28 mai, sur un plateau, lui a donné également un peu du fil à retordre, dans la mesure où il faut respecter un temps imparti et qu'il a tendance à rouler vite. "La difficulté, c'est qu'il faut être lent pour qu'on puisse jauger de ton équilibre. On te demande de faire un petit slalom; je suis passé tout doucement, mais à force on peut se faire piéger et tomber tellement on ralentit..."
Enfin, il a bien négocié la conduite, mardi 2 juin. "Je suis arrivé confiant, mais ça te met toujours la pression de savoir que quelqu'un est derrière toi en train de t'observer, de noter tout ce que tu fais. J'ai donc essayé de ne pas trop penser à l'examen sur la moto."
Je n'imaginais pas prendre du plaisir en moto sur la route. Rouler doucement, sans être enfermé dans un habitacle, ça donne une sensation de liberté
Erwan Nigon, qui circule en scooter électrique en ville, reconnaît maintenant qu'il aurait pu se décider plus tôt, tellement il apprécie la conduite routière. "Franchement, quand j'ai essayé, en circulation, j'ai trouvé ça super agréable. Je n'imaginais pas prendre du plaisir en moto sur la route. Rouler doucement, sans être enfermé dans un habitacle, ça donne une sensation de liberté, l'impression de s'évader. Du coup, j'ai envie de rouler en moto cet été."Pendant le confinement, Erwan Nigon entretenait sa forme physique en pédalant sur un home-trainer connecté, en attendant la reprise du championnat du monde d'endurance.
Sa future moto : "Tout sauf une sportive"Il projette donc de s'acheter une machine prochainement. Il n'a pas d'idée précise sur le modèle, mais ce sera "tout sauf une sportive", précise le pilote natif de Riom, qui ne voudrait pas d'une moto lui rappelant le boulot.
"Je suis tellement tombé en course que je n'ai pas envie que ça m'arrive sur la route, je ne veux pas prendre de risques. Tout le monde sait que la conduite sur route est plus dangereuse qu'en circuit. On n'est pas protégé, on n'est pas au courant des changements d'adhérence et on dépend aussi de la conduite des autres. Comme je suis assez responsable, je n'ai pas envie de faire la course sur la route, ni de perdre mon permis..."
De fait, il s'orienterait plutôt vers "une moto polyvalente style trail", adapté à de grandes balades qu'il projette de faire une fois sa carrière terminée, avant de songer à une reconversion professionnelle.
Pourquoi pas devenir pilote essayeurLe sujet n'est pas encore à l'ordre du jour, mais le permis moto est la première pierre à un édifice qu'il va devoir construire dans les années futures. "Il me le fallait, ce permis, ça va m'aider, c'est une évidence", convient le Riomois qui se verrait bien devenir pilote essayeur, avec une préférence pour le manufacturier clermontois.Erwan Nigon réfléchit de plus en plus à l'après-carrière sportive : "Je ne me fais pas de méga plans pour aller en Mondial superbike, je regarde plus comment je vais faire pour réussir ma reconversion."
"J'aimerais bien faire bénéficier à Michelin de toute l'expérience que j'ai acquise en compétition, les aider dans le développement de pneus. C'est déjà quelque chose que j'effectue pour la compétition, mais que je souhaiterais faire aussi plus tard pour les pneus de Monsieur tout le monde."
Des essais avec Kawasaki en juilletLa retraite sportive, toutefois, n'est pas pour demain et l'Auvergnat compte sur les trois prochaines manches du Mondial d'endurance pour se relancer, avec le team Webike SRC Kawasaki France, après un Bol d'Or 2019 décevant (abandon) et une course en Malaisie au résultat tout juste moyen (6e).
La reprise aura lieu le 19 juillet prochain au Japon, à l'occasion des 8 Heures de Suzuka. Auparavant, des essais sont prévus au Mans par son écurie, qui va devoir s'adapter à un changement de pneus, après l'arrêt inopiné de Pirelli.
De nouveaux réglages à trouver, la routine pour un pilote pro impatient de retrouver l'ambiance des paddocks, une fois débarrassé du coronavirus.
Raphaël Rochette