La longue nuit de cauchemar des discothèques d'Aurillac (Cantal)
Mercredi 25 février. Le temps maussade de cet après-midi d’hiver confère à la place Gerbert, lieu des nuits d’ivresse aurillacoises, un décor brumeux peu engageant. Au bord de la Jordanne, derrière la porte du Bateau-lavoir, deux silhouettes avancent et sortent du brouillard. Les associés Frédéric Druot et Guy Berthomieux voient enfin le bout d’un long tunnel de deux mois de fermeture administrative, infligés par la préfecture du Cantal suite au décès d’un quadragénaire au cours d’une rixe, devant la discothèque, le 1er décembre.Frédéric Druot, gérant du Bateau-lavoir.
Le duo plaide alors sa bonne foi, défend sa réputation, déplore la sévérité d’une sanction qui a coûté 40.000 euros de perte à la boîte de nuit. Les patrons veulent tourner la page et redonner à Aurillac des nuits dignes. Moins d’un mois après, le nouveau coronavirus vient doucher leurs espoirs. « Nous préférons fermer même avec une capacité de cent personnes », écrit Frédéric Druot, dans un texto daté du 13 mars. Depuis, huit salariés sont au chômage partiel. Et au « Bateau », c’est la gueule de bois tous les jours.
On va attendre et voir si ça vaut le coup de rouvrir ou s’il faut patienter
« Pour l’instant, c’est le flou complet, on ne sait pas où on va, on attend (des annonces du gouvernement), soupire le gérant. On fera les comptes. Il y aura des frais de fonctionnement qui vont s’enclencher, ce ne sera pas facile. » La perspective d’une réouverture en juillet, renforcée par une circulation du Covid-19 quasiment éteinte dans le Cantal, aide Frédéric Druot à tenir, même s’il le sait, l’entreprise est sur une ligne de crête. Depuis décembre, les portes sont restées closes durant cinq mois et « sans les aides, on n’aurait pas pu continuer, admet-il. Là, on est en sursis ».
Le moral vacille aussi de l’autre côté de la Jordanne, au Zinzin. La discothèque a elle aussi été éprouvée par une fermeture (pour un mois, à partir du 26 décembre) et son patron David Ginioux guette l’issue de ce cauchemar :
« Pour l’instant, c’est incertain. Ce qui est sûr, c’est qu’on a le sentiment d’être les oubliés de la crise. On en saura peut-être plus le 22 juin (troisième phase du déconfinement). Ce qu’on veut, c’est rouvrir mais avec les contraintes sanitaires, c’est compliqué, il y a du rapprochement sur la piste. Ça semble difficile de porter un masque. En plus, le service au comptoir est interdit… Ça veut dire que ça ressemblerait à un bal masqué assis. »
Les premiers retours du protocole sanitaire sur lequel planche Thierry Fontaine, président de la branche « nuit » de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), avec le gouvernement, donnent des sueurs froides aux gérants de discothèques. Le Bateau-lavoir.Hors de question de se transformer en bar en attendant des nuits meilleures ou de reprendre avec des règles trop contraignantes comme l’interdiction du service au comptoir. « On doit pouvoir rouvrir en toute sécurité mais si on avait un quota, il faudrait prendre une feuille et un stylo et faire les comptes », anticipe Frédéric Druot.
« Si on attend encore, il va y avoir de la casse »Son confrère, à qui il n’a pas échappé qu’en une vingtaine d’années, le nombre de boîtes de nuit est passé de 7.000 à 1.200 prévient : « Il faut trouver des solutions sinon on va crever. Si on attend encore, il va y avoir de la casse. »
Malik Kebour