Un couple de retraités a travaillé 5 ans pour retracer 1.400 ans d'histoire de Juillac (Corrèze)
C’est bien connu, les histoires locales sont comme une multitude de cercles concentriques, qui nourrissent la grande Histoire et ses soubresauts. À Juillac, une cité corrézienne de 1.130 habitants, pendant 5 ans, un couple de retraités, Claude et Jean-Jacques Lacombe, ont recherché l’universel dans le particulier, à travers 1.400 ans d’histoire de la commune. Leur très riche enquête s’appuie sur les archives et les documents anciens, dont certains n’ont jamais été traduits ou retranscrits. Pour éditer le fruit de leur travail, un gros volume de 540 pages, l’association Hier pour demain, qui porte le projet, a besoin d’un soutien financier. Une souscription par achat anticipé est donc lancée pour financer les frais d’impression.
Une histoire d’amitiéAu début, les auteurs ne projetaient de rédiger qu’une petite monographie de 15 pages sur Juillac, son église et son château, en hommage à un ami disparu, Claude Arnal, l’homme qui a redécouvert Jeanne Villepreux-Power, née à Juillac, en 1794. Mais, très vite, au fil de leurs pérégrinations dans toute la France, d’archives en archives, les Lacombe se sont pris au jeu.
On s’est rendu compte que ce village avait une histoire absolument incroyable.
Dans les pages de leur ouvrage, on voit passer... au pas, au trot ou au galop... les peuples venus de l’Est après la chute de l’empire Romain, les descendants de Charlemagne, les dignitaires catholiques, comme la noblesse et ses grandes familles. S’y ajoutent l’opposition protestante et les guerres de religions, sans oublier les siècles de domination anglaise et le pouvoir républicain…
Un duo sur la même longueur d'ondesSelon Jean-Jacques Lacombe, la bâtisse au fond avec sa tour bien restaurée était une léproserie. Photo Stéphanie Para.Très complémentaires, Claude et Jean-Jacques ont toujours travaillé ensemble. Jadis, au sein de leur entreprise d’ingénierie, ils ont notamment participé à la construction des tours jumelles de la Société générale dans le quartier de la Défense, à Paris, mais aussi au chantier du Grand Louvre...
Les pépitesDans sa recherche, le couple est tombé sur quelques pépites. « Louis XIII a écrit 5 lettres sur Juillac pour régler un conflit entre les familles de deux grands seigneurs qui se battaient à cause de la vigne, raconte Jean-Jacques Lacombe. Justement, la vigne, dont les premières traces datent de 1420, a marqué de son sceau indélébile la cité corrézienne. Pour posséder quelques coteaux de ce trésor, tous les moyens étaient permis : guerre de possessions, rapines, procès et mariages forcés… L’histoire de Juillac a été aussi façonnée par les familles des seigneurs, les Cars et les Hautefort.
Les Cars étaient des gens éclairés qui aimaient la littérature, l’art et les artistes, alors que les Hautefort n’étaient intéressés que par l’argent. Ils étaient odieux, même entre eux.
La prédiction de Nostradamus s'est réalisée
L’un des seigneurs des Cars s’est vu prédire sa mort par le célèbre Nostradamus. Il a tout fait pour l’éviter, a arrêté le cheval, ne combattait plus l’ennemi. Mais, la prédiction s’est réalisée : un soir, en raccompagnant des amis qui ont mangé chez lui, il a quand même été tué par le coup de sabot d’un cheval.A Juillac, les vieilles pierres parlent encore. Photo Stéphanie Para.
Les histoires d'amour font parler les jalouxEntre 1640 et 1650, un notaire de Juillac relatait qu’un seigneur fréquentait très assidûment une dame qui n’était pas sa femme. « Les gens qui témoignent sont cocher, cuisinier et femme de chambre du seigneur. C’est tellement cocasse et vivant que Sissi impératrice, à côté, est complètement dépassée », plaisante Jean-Jacques Lacombe.
La place des femmes et l'apparition d'une classe nouvelleLes auteurs se sont penchés aussi sur la condition des femmes qui, avec le temps, et parfois avec l’aide des ecclésiastiques, ont réussi à lutter contre les mariages forcés. Ils racontent également l’apparition d’une nouvelle classe.
Au XVIIIe siècle, au sortir de la messe, des artisans et des gros fermiers se retrouvaient sous un chêne pour délibérer. C’est le début d’une bourgeoisie éclairée.
Dans leur Chronique de Juillac, Claude et Jean-Jacques Lacombe démontrent avec brio que quand les hommes se taisent, les documents anciens et les pierres parlent encore à ceux qui prennent le temps de les écouter.
Souscription par achat anticipé. Pour commander le livre au prix de 22 € au lieu de 28 €, s’adresser à l’association Hier pour demain (05.55.25.53.81.).
Dragan PEROVIC