Un Carnaval des libertés s'est tenu samedi, à Guéret, pour demander la libération de l'art, de la culture et du spectacle vivant
Déguisées, masquées, à grands renforts de pancartes et de fanfare, plus de 150 personnes ont ainsi défilé dans Guéret depuis l’esplanade de la mairie, s’arrêtant symboliquement devant les lieux de culture encore clos au public pour quelques tirades et saynètes. L’occasion de prendre de nouveau un bain de public, de partager des bulles d’émotions, de partage, de musique, d’art. Et surtout faire entendre leur voix, reprochant au gouvernement son manque de concertation et de dialogue avec la profession et demandant que les lieux de culture, théâtre, musées, cinémas, rouvrent enfin.
"Nous avons besoin de rouvrir les théâtres, de voir notre public"Clairénette n’est pas remontée sur la scène d’un théâtre, face à un public, depuis mars 2020. « C’est très difficile, on s’adapte, on est créatif, confie la clown. Je suis en création d’activité donc je n’ai aucune ancienneté, rien, c’est blanc l’année dernière, blanc pour cette année, c’est délirant. »Elle défilait samedi matin en scandant : « Libérez la culture, libérez le spectacle, libérez l’art, libérez la scène ». « Le monde a besoin de nous. Nous avons besoin de rouvrir les théâtres, de voir notre public, de revenir à du face à face et pas seulement dans la rue qui n’est pas un lieu de spectacle mais sur scène. »Carnaval des libertés devant la mairie de Guéret le 20 février 2021 @ Daniel Lauret
Jérémie lui, est là parce qu’il a « hâte de retrouver du monde, de la culture, même à Guéret ».
« Pour reprendre l’exemple des grandes surfaces, on n’est pas plus en danger dans une queue à la caisse à un mètre de quelqu’un qu’à la même distance dans un cinéma ou un théâtre… »
Il a écouté les annonces de Roselyne Bachelot jeudi dernier et avoue en souriant, dans sa robe de chambre, que la décision « un peu à [s]on image aujourd’hui, pas beaucoup d’efforts et un peu tard ». « C’est un premier pas, ça conviendra à certains festivals dont l’ambiance ne nécessite pas d’être debout et de partager un rythme… ».
Retrouver les joies cultreulles du monde d'avantC’est-à-dire pas aux festivals ou concerts dont raffole Etienne qui affiche un message on ne peut plus clair sur son tee-shirt : « Rouvrez nos salles ».
« Elles ne rouvrent toujours pas et je trouve ça inadmissible. Quand on écoute le metal, comme moi, on a besoin de contact ! Il y a des efforts de faits mais moi ce que je veux, c’est un retour à la normale. »
« Je veux retourner en concert. Je veux la liberté complète ! », insiste ce Creusois qui rage encore d’avoir fait une croix sur Rage Against The Machine l’année dernière.Carnaval des libertés devant la mairie de Guéret le 20 février 2021 @ Daniel Lauret
Emma aussi a besoin de sa dose de spectacles, « comme tout le monde ». Cette année de régime sans culture « a été compliquée ». « Ce sont des moments d’échappatoire qui n’existent plus », dans un moment où au contraire, « le lien social est vraiment important ».
Elle aussi pointe des incohérences dans les décisions qui ont été prises. Autoriser les festivals limités à 5.000 places assises, « pourquoi ça n’a pas été fait dès le départ ? », s’interroge-t-elle. Venue par solidarité de Haute-Vienne, Hélène, est avant tout là pour « faire ce que l’on nous interdit de faire, recréer du lien ». Et tant qu’à être masquée, « soyons déguisés ! » propose cette artiste qui songe désormais, à enfiler le costume tous les jours si les mesures sanitaires ne s’assouplissent pas.
Où en est l’expérimentation de réouverture des salles de spectacle ?« On n’a toujours pas de réponse claire de la ministre », explique Éric Correia, conseiller régional en charge de la Culture. Pour autant, le travail autour de cette expérimentation inédite se poursuit.« On part du principe qu’il va falloir vivre avec le virus. Les concerts que Roselyne Bachelot a annoncés avec un test avant, un test après, on sait que ça va bien se passer parce qu’on a déjà un recul de ce qu’il s’est passé à Barcelone ou ailleurs. Nous, ce que l’on veut ce n’est pas ça, c’est rouvrir et rouvrir durablement donc vivre, quelque part, avec ce risque, comme en prenant la voiture, en traversant la route. Il faut que l’on détermine quel niveau de risque on est capable d’accepter. On va donc modéliser un certain nombre de salles et déterminer ce niveau de risque pour pouvoir reprendre la vie d’une manière durable. »
Texte : Julie Ho HoaPhotos : Daniel Lauret