"Balance ton bar" : les témoignages de Clermontoises déferlent sur Instagram
« À chaque fois que je publie un témoignage, j’en reçois une dizaine par message. Et j’en ai encore trente à traiter. »
Emma Bernard a lancé le compte Instagram intitulé précisément balance–ton–bar–clermont, fin novembre. Depuis, l’étudiante en droit ne cesse de récolter, message après message, la parole de personnes qui auraient été droguées à leur insu dans les établissements de nuit de la ville.
Droguées à leur insu dans des bars et discothèques de Clermont-Ferrand, elles témoignent
« Je ne publie que des témoignages directs, aucun de “l’amie de mon ami” ou de “on dit”, assure-t-elle. J’ai créé ce compte après que c’est arrivé à une proche. L’objectif est d’informer et de sensibiliser. »
La méthode pointée du doigtPourtant, l’existence du compte passe mal. La raison : sur chaque publication est notifié le lieu du témoignage, ce qui fait réagir les tenanciers des établissements clermontois.
« Je suis d’accord qu’il faut en parler, mais quand on nomme le bar, c’est toute l’équipe qui prend »
Un avis qui fait consensus chez les patrons, qui désapprouvent le fait d’être « pointés du doigt sur les réseaux ».
Vers des solutions conjointes ?« Le but du compte n’est pas d’accuser les bars. Je ne mets pas les noms par plaisir et ne pas les nommer serait hypocrite. Il faut montrer que ça peut arriver partout et qu’il faut faire attention à son verre, qu’on soit à 100 mètres ou à 10 kilomètres de chez soi », insiste-t-elle.
La créatrice du compte souhaite « trouver des solutions conjointement avec les bars et les boîtes de nuit ». Dix témoignages ont été publiés et « une dizaine est déjà prête ».
Lucie Diat
« Surveillez vos verres, on ne sait jamais. » Voilà ce qu’on peut désormais lire sur le comptoir du Mayerling, dans le centre-ville de Clermont-Ferrand, proche de Gaillard. Une précaution qu’a également prise le Still, pub irlandais du quartier Ballainvilliers, par des affiches invitant à la vigilance, évoquant une « augmentation de cas de personnes droguées à leur insu ».
D’autres passent au niveau supérieur. C’est le cas de l’Hacienda, qui, après avoir été mentionné dans un témoignage sur Instagram, a réagi sans tarder.
« Dès le lendemain de la publication, j’ai commandé des capuchons de verre et j’ai communiqué à ce sujet sur les réseaux et mis des affiches dans le bar »
Il envisage aussi de former son service d’ordre. « J’ai commencé jeune serveur à Londres. Dans ma formation j’ai été sensibilisé à tout ça », souligne Mathias, du Salvation Jane, autre pub irlandais du vieux Clermont. Pour lui, il est tout naturel, et depuis bien longtemps, de faire attention à ses clients… et leurs verres.
À l’échelle nationale, les choses bougent, assure Thierry Fontaine, président de l’Umih nuit, syndicat des établissements nocturnes. « C’est un vrai sujet à traiter avant qu’il ne soit trop tard, constate-t-il. Des solutions ont été envisagées avec l’État : une formation des propriétaires et du personnel par la police, la mise en place d’un référent dans chaque établissement pour recueillir la parole des victimes, un numéro spécifique par département, des capuchons sur les verres, etc. » Thierry Fontaine espère « une mise en place dès fin janvier ».
Erwan Rousseau et Lucie Diat