Entre montagnes thiernoise, bourbonnaise et Forez, les si mystérieux souterrains annulaires
Voilà bien longtemps maintenant que les Hommes font face à un mystère immense, créé par leurs propres ancêtres. Le massif qui se trouve entre Puy-de-Dôme, Allier et Loire, entre montagnes thiernoise, bourbonnaise et Forez, recèle des souterrains très particuliers. Toujours à la campagne, ces galeries ont des formes sinueuses, circulaires, elles figurent des anneaux, ce qui leur vaut leur nom de « souterrains annulaires ». Rien qu’en montagne thiernoise, une centaine de ces souterrains ont été identifiés.
Hugues Dourvert, membre de la Société française d’étude des souterrains, est l’un des plus renseignés au niveau local. Il est « tombé dedans » dans les années 1980, lorsqu’il est venu habiter dans la région. Et puisqu’il préfère commencer par une visite que de longs discours, suivons-le à la découverte d’un souterrain annulaire, sous un champ, près d’un village de Saint-Rémy-sur-Durolle (*).
Ramper sur le côtéLampe torche, piochon, bonnet et habits qui ne craignent pas : voici tout l’attirail dont il faut se munir, et aussi d’un peu de courage, pour les non-initiés. Hugues Dourvert entre en premier dans une ouverture minuscule, digne d’une tanière de renard. Il va falloir ramper. Mais pas sur le ventre, car les hanches ne passeraient pas en largeur. Il faut ramper sur le côté, à l’égyptienne?!
Heureusement, cette première étape ne dure pas. Nous arrivons dans un sas, creusé dans le gore et qui présente aussi un mur bâti avec des pierres. Nous pouvons nous y tenir accroupis.
Puis un deuxième goulot oblige à ramper de nouveau, avant d’arriver dans la véritable galerie souterraine. Ici, nous pouvons nous tenir debout. Le boyau a été percé dans le rocher, et en effet, il tourne. Les repères sont brouillés, faisons-nous un tour complet?? C’est difficile à dire.
Le croquis ci-dessous aide à y voir plus clair :
Croquis de Hugues Dourvert.
Quelques éléments sont à noter. Tout de suite en sortant du goulot, une niche a été creusée, elle contient une pierre plate posée sur du charbon de bois.
Dans le mur, une petite niche a été creusée. Un peu plus loin, un virage donne sur une impasse. Au bout du tunnel, un autre mur maçonné en pierre, et à gauche une toute petite chatière, trop étroite pour qu’un humain puisse s’y introduire et savoir si cette galerie s’arrête bien là. « On n’a pas tout l’ensemble du réseau, peut-être qu’il continue », livre le guide.
Aujourd’hui, on peut voir une vingtaine de mètres du souterrain, aussi long que la liste d’interrogations qu’il soulève.
Quand ?Pourquoi ces galeries ont-elles été creusées avec des formes si étranges?? D’autres dessinent un 8, un D à l’envers, ou des formes encore plus complexes. À Chabreloche, Paslières, Sainte-Agathe, Escoutoux, Saint-Victor-Montvianeix, Saint-Julien-la-Vêtre, Viscomtat, Thiers, dans le Livradois aussi… Rien qu’à Arfeuilles, une trentaine de souterrains ont été identifiés, à Saint-Rémy, une quinzaine. Et à quelle époque ont-ils été percés??
Il faudra se contenter d’hypothèses. « On ne peut pas dater la taille d’une roche », commence Hugues Dourvert. Le mobilier qui a pu être trouvé dedans, les morceaux de poteries par exemple, « a été daté du Moyen Âge. Après le Ve siècle et au-delà de l’an 1000. Mais le mobilier, c’est comme dans une maison : il peut être plus ancien ou plus récent » que les murs qui l’abritent.
Pourquoi ?Quant à leur utilité, là aussi, conditionnel et points d’interrogation sont de rigueur. S’y réfugier?? Impossible : ils ne sont pas assez aérés pour pouvoir y séjourner, et des gaz dangereux s’y forment. Par ailleurs, beaucoup de personnes ne pourraient pas passer par une si petite entrée. Entreposer des denrées à une température d’environ 10° C?? « Ce n’est pas pratique », tranche Hugues Dourvert. En montrant un croquis d’un souterrain avec une forme très compliquée, il ajoute :
Vous ne faites pas ça pour mettre des patates?!
Les recherches ont montré qu’ils étaient liés à l’habitat, aux logements des « paysans, en bas de l’échelle sociale ». Le souterrain pouvait donc en être une annexe. Mais pour quoi faire??
Hugues Dourvert évoque des hypothèses cultuelles, rituelles ou païennes.
« On ne trouve pas de fonctions pratiques. Peut-être cherchaient-ils à communiquer avec l’esprit des morts, lui demandaient-ils des conseils. Peut-être que les goulots servaient à un rite de passage, ça existe ailleurs. Peut-être que la forme des anneaux servait à la circulation de l’âme. Il existe des souterrains en forme d’anneaux sous des églises. On a des exemples de souterrains creusés et murés, peut-être dès le départ?! Ça n’aurait donc pas été fait pour y retourner. On peut tout imaginer, c’est une énigme archéologique?! »
En revanche, le passionné a relevé que ces souterrains ont pu revêtir des usages, bien après leur construction. Les maquisards ont pu y cacher des armes pendant la guerre, par exemple. Ils ont pu servir de cave. Et blaireaux et renards peuvent y trouver refuge aujourd’hui.
Le mystère s'épaissitLa carte d’implantation des souterrains annulaires en France et dans le monde épaissit un peu plus le mystère qui les entoure. Dans l’Hexagone, on en trouve ailleurs, notamment en Vendée, dans les Deux-Sèvres ou encore en Corrèze, mais pas avec la même densité que sur ce massif. Et à l’étranger, des souterrains similaires ont été révélés, notamment en Europe centrale?!
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Le souterrain que nous avons visité, à Saint-Rémy, avait été découvert en 1993 à l’occasion de travaux, qui ont finalement été faits plus loin, pour préserver le souterrain. D’autres ont été mis au jour lorsqu’ils ont plié sous le poids de bovins.
Combien de souterrains vont encore être dévoilés, à l’avenir?? Espérons qu’ils donneront des éléments de réponse aux générations futures.
(*) Encore une fois, nous ne pourrons pas être plus précis car, comme l’explique Hugues Dourvert, les souterrains annulaires sont prisés par les « chercheurs de trésors », qui n’hésitent pas à endommager les lieux.
Pratique : Si une personne découvre un souterrain ou veut connaître plus de renseignements, elle peut contacter Hugues Dourvert au 04.73.94.01.39.
« Un tracé sera dit “annulaire” lorsque la galerie centrale est pourvue latéralement d’un ou plusieurs anneaux. Cette conception énigmatique ne comporte pas de salles, dans le sens généralement admis. » Définition proposée dans l’ouvrage Souterrains annulaires au nord-est du Massif central, par Maurice Franc, Raymond Delavigne et Hugues Dourvert.
Alice Chevrier