Seize mois de prison ferme pour l'évadé qui avait tiré un coup de feu en l'air, à Clermont-Ferrand
Isabelle Ferret, la présidente de l’audience, a du mal à comprendre. Comment le prévenu, qui n’avait plus que 14 jours de détention sous surveillance électronique à exécuter, a pu se soustraire à ce contrôle et entamer une cavale ?
« Je ne pensais pas qu’il me restait 14 jours. Dans ma tête, ça s’est fait en une fraction de seconde. »
Les conséquences de cette décision, elles, se chiffrent aujourd'hui dans une unité de temps bien plus longue : quatre mois de prison ferme pour cette évasion auxquels s’ajoutent 24 autres mois, dont douze avec sursis probatoire, pour les nombreuses autres infractions qui lui sont reprochées.
Un différend avec un automobilisteCar la cavale de ce jeune homme de 30 ans a connu un épilogue pour le moins mouvementé, le 16 février dernier. Ce jour-là, vers 19 heures, il est au volant de sa Peugeot 307, dans le centre-ville de Clermont-Ferrand, pour rejoindre le domicile de son amie. Le voilà piégé dans un embouteillage.
Un autre conducteur lui demande de reculer. Mais les esprits s’échauffent. Des insultes fusent entre les deux hommes. Un témoin intervient. Le prévenu rentre alors dans sa voiture et en ressort avec un revolver à poudre noire. Il tire un coup de feu en l’air avant de reprendre sa route.
3 g/l d'alcool dans le sangL’énervé est interpellé peu de temps après, sans difficulté et à quelques kilomètres du lieu du différend. Le témoin l’avait suivi à distance tout en transmettant sa position en direct aux policiers. Ces derniers, outre la situation d’évadé du tireur, constatent qu’il roule sans permis et avec près de 3 g/l d’alcool dans le sang. « Vous vous rendez compte de la dangerosité de votre comportement ? », l’interpelle Isabelle Ferret.
« Oui, c’est complètement stupide, mais quand depuis quatre mois vous buvez 1,5 litre de vodka par jour, vous n’êtes pas dans le même état qu’une personne lambda », confie Adrien Sille. L’alcool, tel est selon lui le nerf de cette cavale, véritable « descente aux enfers » et la source de ses difficultés. Ce n’est pas la première fois que le jeune homme se retrouve face un tribunal, pour des faits de vol avec violences mais aussi du recel ou encore une conduite sans permis.
"Pas quelqu'un de dangereux"Eléonore Drummond, au parquet, estime qu’il n’a pas vraiment saisi les mains tendues de la justice pour s’extraire de cette dérive sur fond d’addiction. Elle demande un an de prison ferme pour l’évasion et deux ans pour le reste des poursuites. « Ce n’est pas quelqu’un de dangereux », tempère Me Anne Riol en défense. Le coup de feu tiré en l’air ? « Il ne visait personne. Il voulait juste éloigner. On est bien loin du règlement de compte. » Pour elle, c’est surtout de soins dont a besoin son client. Adrien Sille a l’obligation d’en suivre dans le cadre de sa peine.
Olivier Choruszko