Marc Hay, présentateur météo à BFMTV, change de ton : "La France va cramer cette semaine"
Mardi, face à l'arrivée d'une vague de chaleur à la précocité exceptionnelle, BFMTV organisait un plateau spécial avec parmi les intervenants Marc Hay, journaliste et présentateur météo de la chaîne. Lors de son intervention, le trentenaire n'a pas mâché ses mots, dénotant par rapport à son discours habituel.
« On rentre dans le dur du sujet, avec des températures qui vont devenir dangereuses », a-t-il lancé, évoquant des pointes à plus de 40° C attendues dans le sud ouest en fin de semaine. Face à l'étonnement de ses collègues, peu habitués à l'entendre s'exprimer de cette manière, le journaliste a enfoncé le clou : « Arriver en plateau et dire "la France va être concernée par une nouvelle canicule…", je pense que ça ne marche plus. (…) Il faut que les gens comprennent que la France, clairement, va cramer cette semaine. »
Au lendemain de cette intervention, il a accepté de revenir avec nous sur cet événement.
Qu'est-ce qui vous a poussé à faire cette "sortie" ?
En fait, je ne pensais pas être en train de faire une "sortie". Il n'y avait rien de calculé. J'avais quand même en moi cette sensation depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, de toujours m'exprimer de la même façon. Une manière un peu lisse, protocolaire, notamment pour l'enregistrement des bulletins météo.
J'avais un peu la sensation, face à ces phénomènes météo extrêmes qui se multiplient, que cela n'imprimait plus, que mon ton n'était plus en adéquation avec l'urgence du moment.
Là, en plus, on parle de "plume de chaleur", c'est mignon mais en fait, c'est 40° C à Nantes, Bordeaux ou Toulouse au mois de juin, des températures que l'on a normalement en plein été, dans des pays du Golfe. En gros, la France devient Dubaï en France. Car si vous passez 15 minutes samedi après-midi sur la place du Capitole à Toulouse, vous cramez.
— Claire Sécail (@clairesecail) June 14, 2022Vous attendiez-vous à un tel écho suite à cette intervention ?
Pas du tout. J'ai juste eu le sentiment de dire ce que je pensais, d'être moi-même. Je pense que nous pouvons être des vecteurs pour faire passer un message puisqu'on s'invite chez les gens à l'heure du déjeuner ou du dîner.
Dans la manière dont les médias présentent les choses, que faudrait-il changer pour que le message passe mieux ?
Je pense que le bulletin météo ne doit plus être celui d'il y a quelques années. C'est un bulletin avec de l'info. Les gens pensent parfois que j'arrive 15 minutes avant l'antenne, que je présente ma météo, que je l'enregistre et que je repars. Mais non, ce sont deux heures de travail, une conférence avec Météo France, la constitution des cartes, des plateaux, des directs...
Il faut que l'on puisse transmettre un message, dire quand ça ne va pas, quand les températures ne sont pas normales... que c'est lié au réchauffement climatique.
En plus, il faut bien voir que la météo a des impacts sur de très nombreux secteurs car tout est interconnecté aujourd'hui.
Actuellement, ce n'est pas forcément très réjouissant de présenter la météo...
C'est vrai qu'il est agréable d'annoncer un week-end ensoleillé avec des températures de saison mais quand on commence à annoncer un week-end avec des températures supérieures à 40°C à Dijon, ce n'est pas évident. Pourtant, je pense qu'il ne faut pas être fataliste car on a un rôle à jouer sur les messages que l'on peut transmettre aux populations, notamment en termes de prévention ou de gestes à adopter.
Propos recueillis par Maxime Escot