Sécheresse : bientôt des restrictions d’eau partout en France ?
"La France est en état d’alerte". C’est par ces mots que le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a annoncé la mise en place d’un comité d’anticipation sécheresse ce jeudi 23 février, après que la France connaît 32 jours sans pluie, un record pour l’hiver depuis 1959. "Dès lundi, avec tous les préfets coordonnateurs de bassins, on va regarder territoire par territoire où nous en sommes", a-t-il explicité sur France Info.
Pour le docteur en agroclimatologie Serge Zaka, interrogé par L’Express, cette sécheresse est inédite à plusieurs égards. "Sur les dix-neuf derniers mois, il y en a eu quatorze sous les normes de référence. C’est une sécheresse dans le temps, qui s’accumule, et qui a des conséquences progressives", détaille-t-il. Certaines régions sont particulièrement touchées, comme la Bretagne, qui a connu durant la sécheresse de l’été 2022 un écoulement invisible ou nul pour 40 % de ses cours d’eau, révèle un rapport de l’Observatoire de l’environnement en Bretagne (OEB), publié mercredi. Les Pyrénées-Orientales, elles, sont en alerte sécheresse depuis juin 2022.
Outre l’assèchement des sols agricoles, le niveau des nappes phréatiques accuse "environ deux mois de retard en termes de remplissage", constate Christophe Béchu. "Cette situation s’explique par la présence d’un anticyclone qui s’est fixé sur l’Europe de l’Ouest et qui repousse les précipitations", analyse Serge Zaka, pour qui le réchauffement climatique a accentué ce phénomène. Et d’ajouter que des températures supérieures aux normales de saison, avec de très fortes canicules, ont provoqué "la transpiration des végétaux et des écosystèmes", et donc la perte en eau.
Des mesures de restriction
Pour tenter de s’en prémunir, le ministre de la Transition écologique a annoncé que des mesures de restrictions "soft" seront mises en place en mars, à l’image des 87 communes de la préfecture du Var, qui font actuellement l’objet d’interdictions concernant le lavage des voitures, l’arrosage des jardins ou encore le remplissage des piscines.
"Il faut responsabiliser les Français sur leur consommation d’eau et les gestes à adopter", a précisé Christophe Béchu. En moyenne, entre 2008 et 2019, le volume annuel d’eau consommé était estimé à 5,4 milliards de mètres cubes en France métropolitaine, soit 82 mètres cubes par habitant, selon le ministère de la Transition écologique. Sur cette période et pour les mois de juin à août, les consommations en eau représentaient "environ 60 % du total annuel".
???? Une sécheresse hivernale record ➡️ “La France est en état d’alerte. Dès lundi, avec les préfets, on va regarder où nous en sommes. C’est l’hiver le plus sec depuis 1959”, dit Christophe Béchu. Les nappes phréatiques ont “deux mois de retard en termes de remplissage”. pic.twitter.com/ZAINc9gxnG
— franceinfo (@franceinfo) February 22, 2023
Conserver de l’eau pour l’agriculture
"Si on commence à utiliser en hiver de l’eau dont on n’a pas réellement besoin, on risque de moins en avoir lors des sécheresses estivales. On sait très bien qu’on va être déficitaire, donc il faut anticiper et garder de l’eau dans les nappes pour les secteurs essentiels comme l’agriculture", souligne quant à lui Serge Kaza. Mais ces "mesures de bon sens" ne parviendront tout de même pas, selon l’expert, à rattraper le retard d’ici cet été, contrairement à ce qu’a affirmé le ministre. "Il faudrait pour cela avoir 200 millimètres d’eau dans toute la France, c’est-à-dire qu’il pleuve tous les jours. C’est impossible !", tranche-t-il.
Reste la question des sols agricoles en surface. "Dans la mesure où il faut une semaine pour qu’ils se réhumidifient, il est tout à fait possible, s’il pleut de nouveau en avril, mai ou juin, d’éviter des feux de forêts et de permettre aux agricultures d’avoir suffisamment d’eau pour éviter de puiser dans les nappes phréatiques", développe Serge Kaza. A terme toutefois, l’expert alerte : "Il n’y a pas de tendance définie au niveau des précipitations, ni au niveau des sécheresses. Cela est une mauvaise nouvelle".