Le mur de béton qui sépare deux quartiers à Thiers depuis deux ans va être démoli
D’un côté, il y a la place des Hirondelles, une petite zone résidentielle arborée qui compte une dizaine de pavillons. De l’autre, il y a les grandes tours des Molles-Cizolles, un des deux quartiers prioritaires de la ville de Thiers.
Entre les deux : un affluent de la Durolle et un chemin enherbé… obstrué par des blocs de béton qui forment un mur de trois mètres de haut. À vol d’oiseau, seulement 40 mètres séparent le bout de la place et le bâtiment A des Cizolles.
Mais avec cette paroi de béton érigée il y a deux ans, le passage entre les deux quartiers est rompu. Le dialogue aussi. Au grand dam de Marie-Jeanne Couret, propriétaire de la maison la plus proche du mur. "En plus d’être gênant, il est horrible", commente la retraitée qui habite au fond de cette impasse depuis 50 ans. Son portail se situe littéralement au pied du mur. Depuis le 12 mai 2021, elle ne voit plus que ça. "Je me lève le matin et il est là, devant ma chambre, ça me déprime", souffle l’habitante.
Deux ans de réclamationsÀ part elle, les riverains ont peu à peu cessé d’aborder le sujet. Le mur s’est intégré dans le paysage et la végétation a commencé à recouvrir les blocs de béton. Marie-Jeanne Couret n’a pas retrouvé le moral pour autant. La septuagénaire a perdu son mari en mai dernier. Dans le cadre de la succession, le pavillon a été expertisé. "Quand l’agent notarial a vu le mur, il nous a tout de suite dit que la maison allait être dévaluée à cause de l’accès et de la vue", rapporte Olivier Couret, le fils de la propriétaire.
La famille a tout essayé pour faire retirer cet "horrible" mur. "J’ai écrit au maire, au député, aux défenseurs des droits…" En vain. "Rien n’a évolué", se décourageait Marie-Jeanne Couret, avant d’apprendre que la situation allait bientôt connaître un dénouement.
La vidéoprotection pour remplacer le murInterrogé sur l’avenir de ce mur, qui devait être temporaire, le maire de Thiers Stéphane Rodier a annoncé que ce dernier allait être déconstruit dans les prochains jours.
C’était une décision d’urgence pour apaiser les relations. On n’a jamais dit que ce mur était là de façon pérenne. Nous avions annoncé qu’il serait déconstruit une fois la vidéoprotection installée.
Fin 2022, la municipalité a effectivement étendu le système de vidéoprotection de la ville. Une caméra infrarouge a été placée dans le quartier résidentiel à cette occasion. Cet outil a pour but de réduire les nuisances et les incivilités à l’origine de la construction du mur.
Des nuisances sonores et des dégradationsD’après le voisinage, la place des Hirondelles a toujours été fréquentée par des jeunes du quartier voisin. À l’époque, certains se sont plaints de nuisances sonores et de dégradations. "Il y avait des jeunes qui se rassemblaient, c’est vrai, mais ils ne faisaient rien de mal", soutient Marie-Jeanne Couret. "Il y a eu des petites histoires comme dans tous les quartiers, mais jamais des choses dramatiques ou graves", abonde son fils, qui regrette que la discussion ait été coupée.
Il reconnaît toutefois que d’autres voisins ont pu être concernés par des incidents. Dans notre article du 8 juin 2021, Stéphane Rodier évoquait notamment "des morceaux de poubelles enflammés jetés contre une maison, à la fenêtre d’enfants en bas âge".
La majorité des riverains sondés s’accorde à penser qu’il y avait "d’autres solutions". "Un mur, ça se contourne", glisse une habitante des Cizolles. "S’ils ne vont pas là ils vont ailleurs", ajoute-t-elle, en parlant des jeunes de son quartier.
Ces derniers n’étaient pas les seuls à fréquenter la place des Hirondelles. Elle était aussi un lieu de promenade et un raccourci piéton pour l’ensemble des habitants des appartements. "C’était vivant, on voyait souvent des dames qui se promenaient et qui venaient s’asseoir sur les bancs", raconte une riveraine du quartier résidentiel. "Elles n’avaient pas de drogue, elles", plaisante une dame dans un pavillon voisin.
Un symbole violentDe l’autre côté du mur, une habitante des Cizolles se rappelle : "On avait tous l’habitude de passer par là. Mais maintenant, on n’y va plus", dit-elle en haussant les épaules. "C’est honteux d’avoir mis ça."
Quand Marie-Jeanne Couret a appris la déconstruction prochaine du mur, elle n’avait pas les mots pour exprimer son soulagement.
Ça m’a gâché la vie pendant deux ans, je commençais à désespérer.
Si le sujet avait ému les politiques, notamment le député André Chassaigne, le temps l’a presque fait tomber aux oubliettes. Parmi les élus municipaux, Annie Chevaldonné, membre de l’opposition, avait apporté son soutien à Marie-Jeanne Couret dès la construction. Aujourd’hui, elle salue la décision de retirer ce mur, même si elle estime que cela a "trop tardé". "Je n’ai jamais nié les nuisances que certains riverains ont pu subir. Mais un mur, ce n’est pas une réponse, c’est stigmatisant. C’est très violent comme symbole."
La mairie assure que la déconstruction du mur sera réalisée sous peu. Quand il ne sera plus là, Marie-Jeanne Couret a déjà prévu de réunir les deux quartiers lors d’une fête des voisins. Sa "fête de la fraternité" à elle.
Fiona Farrell