Canicules marines : les conséquences désastreuses de la surchauffe des océans
Sur les cartes satellites certaines zones virent au rouge vif. Alors que la planète a connu en juin son mois le plus chaud jamais enregistré, les mers et les océans suivent une dynamique semblable et surchauffent… Ces dernières semaines, l’une des vagues de chaleur marine les plus importantes jamais relevées s’est installée dans l’Atlantique Nord, au large des côtes de l’Irlande et du Royaume-Uni. Les écarts par rapport aux normales pouvaient atteindre 4 à 5 °C. Du jamais vu. "Les anomalies s’étendent de l’équateur au cercle polaire, avec des amplitudes énormes", s’étonne Fabrice Pernet, chercheur au sein de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).
Entre les mois de mars et mai, la température moyenne à la surface des océans a atteint un record absolu en 174 ans de mesures, dépassant de 0,83 °C la moyenne du XXe siècle, selon les données de l’Administration océanographique américaine. "On parle de canicule marine quand la température de surface est plus élevée que 90 % du temps pendant plus de 5 jours, et l’Atlantique est clairement dans ce cas de figure", souligne Fabrice Pernet.
Réchauffement en profondeur
Le réchauffement climatique joue un rôle majeur dans la multiplication de ces phénomènes : huit des dix vagues de chaleur océaniques les plus extrêmes ont été observées au cours de la dernière décennie. Selon les scientifiques du Giec, la trajectoire actuelle de nos émissions de CO2 pourrait rendre ces évènements 4 à 50 fois plus fréquents d’ici 2100. D’autres facteurs ponctuels comme la présence ou la modification de certains courants, ou l'intensité des vents, peuvent également y contribuer. Pointé du doigt pour son effet sur les records de températures atmosphériques, le phénomène El Niño semble en revanche trop localisé dans le sud-est du Pacifique pour avoir une incidence sur l’Atlantique Nord.
Algues, coraux, poissons… L’augmentation des températures affecte localement tout un écosystème où vivent de très nombreuses espèces. "Quand ces anomalies thermiques ne durent pas, les organismes marins parviennent à résister mais les effets peuvent être destructeurs quand ces températures extrêmes s’installent longtemps", explique Fabrice Pernet. Difficile pour le moment de déterminer les impacts de la vague de chaleur actuelle, mais les évènements passés font craindre la disparition de certaines espèces. L’année dernière, en Méditerranée, la canicule marine a été très forte, affectant certaines espèces comme les grandes gorgones rouges, des coraux aux couleurs flamboyantes. "Ce qui fait la gravité d’une canicule, c’est aussi le réchauffement de l’eau en profondeur, qui touche des écosystèmes qui ne connaissent jamais ces températures", souligne Thierry Pérez, directeur de recherche au CNRS, spécialisé en écologie marine.
Les huîtres pourraient en bénéficier
En Méditerranée, une cinquantaine d’espèces, dont des gorgones mais aussi des oursins ou des mollusques, ont connu une mortalité massive entre la surface et 45 mètres de fond, relevait ainsi une étude internationale en juillet dernier. "On a assisté à de véritables incendies sous-marins, avec des espèces décimées à 100 % dans certaines zones", poursuit Thierry Pérez. Un constat d’autant plus alarmant que certaines de ces espèces "ingénieures" constituent des refuges pour d’autres.
A contrario, certains organismes pourraient, eux, bénéficier de cette eau plus chaude, souvent propice à la reproduction. "L’augmentation de la température est très favorable à l’huître, qui va grandir plus vite et se reproduire plus tôt, ce qui veut dire que la récolte sera potentiellement meilleure et plus tôt dans l’année", note Fabrice Pernet, dont les travaux s’intéressent à cette question. Favorable certes, mais jusqu’à un certain point. Un réchauffement trop fort peut engendrer un manque d’oxygénation et la mort des huîtres, comme cela a été observé en 2018 dans l’étang de Thau. "L’implantation géographique des huîtres est remontée le long des côtes depuis plusieurs années, rappelle Fabrice Pernet. A l’avenir, sa limite sud pourrait elle aussi évoluer, avec le risque des canicules futures."