Mariages : l'incroyable hausse des unions... et des prix
Selena*, 25 ans, aspire à se marier depuis longtemps. "J’avais tenté d’organiser une cérémonie en 2019, déjà. Finalement, ça ne s’est pas fait", raconte la jeune femme. Aujourd’hui, son rêve est près de se réaliser pour de bon. Mais avec un astérisque. "C’est beaucoup plus cher que la dernière fois", soupire-t-elle. Selena ne prévoit pas de mariage pharaonique - avec sa centaine d’invités, elle est dans la moyenne donnée par les professionnels du secteur. Avec sa mère, elle compte même utiliser son expérience de l’événementiel associatif pour prendre en charge les repas. "Pourtant, tout ajouté, je vais devoir payer dans les 20 000 euros, indique-t-elle. Il y a quatre ans, je n’imaginais pas devoir débourser plus de 15 000." Son principal poste de dépense ? La salle de cérémonie, qu’elle peine à trouver "au-dessous de 10 000 euros la soirée, dans les alentours de la petite couronne parisienne". "Je pourrais peut-être m’en sortir différemment, mais pour les choix que je veux faire, tout a clairement augmenté", regrette-t-elle.
Selena n’est pas la seule à faire ce constat. Dans le livre blanc du mariage 2023, publié en juin par Mariages.net, réalisé en partenariat avec l’école de commerce Esade et Google, le coût moyen d’une cérémonie cette année est d’environ 17 100 euros. Une augmentation de 9,62 % par rapport à la première édition de son étude, en 2019. Cette moyenne - réalisée à partir des données collectées sur le site de Mariages.net - cache une myriade de réalités différentes. D’autant qu’en 2023, une pluie de mariages a été prévue par les professionnels du secteur. Environ 300 000 cérémonies devraient avoir lieu cette année. Habituellement, le chiffre s’approche davantage des 220 000 unions. Cette augmentation, largement liée aux reports de cérémonies pendant la pandémie de Covid, sera également répercutée en 2024 et 2025.
Salle des fêtes et mas provençal
Le budget de ces unions est presque aussi divers qu’il y a de couples : dans une enquête publiée fin janvier par l’établissement de crédit Cofidis, les Français envisageaient ainsi de dépenser 9 873 euros au total, bien loin des 17 100 euros prévus par Mariages.net. "En vérité, parler d’un panier moyen pour un mariage est compliqué parce que les couples n’ont pas les mêmes postes de dépenses, observe Philippe Steed, cofondateur du Salon du mariage. Certains vont mettre plus d’argent dans la robe de mariée, d’autres dans les fleurs, d’autres pour la musique…" Afin de se repérer dans cette jungle des dépenses, un indicateur peut aider : celui du prix consacré par invité, qui s’élève en général "entre 100 et 200 euros par personne". "Partant de là, les couples choisissent souvent de réduire le nombre pour compenser la hausse des prix", explique Benjamin Turc, fondateur de la plateforme Planners, dédiée au référencement des organisateurs de mariage. 69 % des Français interrogés se disaient en effet inquiets en début d’année des conséquences de l’inflation sur la préparation de leur mariage.
Les 120 invités d’avant la pandémie ont donc souvent été réduits à 100, voire à 80. "Pour le même budget, les mariés préfèrent désormais inviter moins de monde, mais avoir un lieu d’exception", confirme Fabiola Plazanet, organisatrice de mariage. Mas provençal, "château" ou domaine viticole… De plus en plus de couples cherchent des lieux de cérémonie avec hébergement. "Une tendance se dégage ces dernières années : les petits budgets opteront pour une salle des fêtes à environ 2 000 euros et ensuite, on passe rapidement à des salles dont le montant de location excède les 10 000 à 15 000 euros. Entre les deux, rien du tout, détaille Philippe Steed. Il y a une disparition du milieu de gamme pour la classe moyenne."
Evolution des moeurs
En témoigne l’arrivée d’un nouvel acteur dans le secteur, dont l’emploi n’est pas à la portée de toutes les bourses : le "Wedding planner" - l’organisateur de mariage, en bon français - a déboulé dans l’Hexagone au milieu des années 2000. D’une poignée en 2010, ces derniers seraient désormais plus de 1 000 en France. "La clientèle qui fait appel à nos services appartient souvent aux CSP + ", relève Fabiola Plazanet. Cette année, son entreprise organisera une quarantaine de mariages aux budgets variables, mais élevés : comptez 30 000 euros pour 50 invités, et 50 000 pour une centaine.
Cette évolution des budgets est aussi liée à une évolution des mœurs. On se marie aujourd’hui plus tard - 37 ans pour les femmes et 39 pour les hommes en 2022, contre 30 ans pour les femmes et 33 pour les hommes en 1996 -, avec moins d’aide des parents, mais un pouvoir d’achat plus conséquent. "Les choix faits sont finalement davantage dans le goût des futurs mariés, avec une plus grande liberté dans la décoration, les choix de cérémonies, la manière dont l’union est célébrée…, liste Philippe Steede. Le mariage est de moins en moins traditionnel." La célébration à la mairie peut désormais être accompagnée par des cérémonies "laïques".
Les fiancés ne réfléchissent plus seulement à immortaliser ce moment en photo, mais aussi en vidéo. "Nous mettons régulièrement des photomatons ou des cabines vidéo à disposition. Nous avons aussi acheté un mur de champagne, que nous louons régulièrement pour des mariages", raconte Aurélie Kitambala, cofondatrice de Mon Event Privé, un site proposant des ventes privées à destination des futurs époux. Influencés par Pinterest et Instagram, où les inspirations pour les mariages pullulent, les mariés sont tentés de trouver "le" bon détail qui fera la différence. "Le mariage doit désormais être scénographié le plus possible, poursuit Aurélie Kitambala. Des fleurs aux animations, chaque coin, ou presque, doit devenir un évènement. Isolés, ces détails peuvent paraître peu coûteux. Ajoutés les uns aux autres, ils pèsent dans le budget." Mais que ne ferait-on pas pour le plus beau jour de sa vie ?
*Le prénom a été changé.