"On ne fait plus rien à l'extérieur" : comment le moustique tigre leur pourrit l'été
Muriel Depecker n’en peut plus et elle n’est pas la seule. Cette habitante du quartier Rivet, à Brive, a beau "ne rien avoir qui traîne dans son jardin", impossible de mettre un orteil dehors sans être attaquée par une nuée de moustiques tigres. "Depuis deux mois, ils sortent plein pot, j’ai même l’impression qu’il y en a plus que l’année dernière, se lamente-t-elle. Les belles journées, c’est invivable de manger dehors ou de se mettre sur une chaise longue…
On est envahi dès le matin. Franchement, je ne sais pas comment font les gens à part rester enfermés chez eux
Des témoignages comme celui-ci, La Montagne en a reçu plein après l’appel lancé, ce mardi 11 juillet, sur notre page Facebook. Comme Muriel Depecker, tous assurent avoir fait la chasse aux gîtes larvaires.
"Un calvaire, même en respectant les fameux conseils"Sans résultat palpable. Dans sa maison du Stadium, Thomas Chassagne est désabusé. "En plus, j’ai une vraie phobie des moustiques, donc je vis un enfer, lâche-t-il. On a une terrasse de 15 mètres carrés, mais on ne s’en sert plus. À partir de midi, on reste cloîtrés", soupire le jeune homme.
"Depuis un mois, c’est un calvaire, même en respectant les fameux conseils, souffle Élise Bouillaguet, dont la maison est située à côté de l’église à Malemort. On a enlevé les coupelles sous chaque pot de fleurs, on n’a pas de piscine donc aucune eau stagnante, le jardin est entretenu… Malgré tout ça, on ne peut plus profiter du jardin."
De 18 heures à minuit, c’est invivable ! Notre fille de 6 ans ne peut plus faire de balançoire ou de trampoline sans revenir avec vingt piqûres sur le corps. Même le chien se fait attaquer?!
Habillés de la tête aux pieds pour tondre la pelouse"C’est à péter un plomb !", renchérit Mélanie Bouillaguet, qui vit aussi à Malemort, à proximité de cimetière. "Quand on se baigne dans la piscine, ils nous attaquent même sur le visage. Donc, on ne fait plus rien le soir. On ferme tout, mais comme on n’a pas la clim, à l’intérieur, c’est intenable."
"Nous avons une petite fille de 3 ans. Comment lui faire comprendre que lorsqu’elle vient chez papi et mamie, elle ne peut pas profiter de ses jeux extérieurs, témoigne une autre Malemortoise. On a même dû supprimer son coquillage d’eau […]. En fait, c’est comme si nous étions en hiver à devoir rester à l’intérieur en permanence."
"Pour tondre ou arroser le jardin, on s’habille de la tête aux pieds, ajoute Élise Bouillaguet. Mon voisin est garagiste, quand il sort arroser, il met son bleu de travail pour ne pas se faire piquer. On en rigole, mais c’est un vrai fléau."
Une croix sur les apéros et barbecues à l'extérieurBeaucoup ont aussi fait une croix sur les apéros et barbecues entre amis. "On sort pour faire les grillades et on mange à l’intérieur", explique Patricia Le Baher. Quand elle a quitté Ussel pour emménager dans le quartier Louis-Pons, en début d’année, cette Toulousaine attendait avec impatience de pouvoir "davantage vivre dehors".
"L’été, j’aime bien lire sur mon transat. J’ai vite arrêté ! Et quand on tente un apéro dehors avec mon conjoint, on passe notre temps à se surveiller et à se mettre des “claques” pour tuer les moustiques"
700 euros dépensés dans des moustiquairesComme tous les Brivistes, elle s’est constituée un stock de produits répulsifs et elle s’apprête à acheter une moustiquaire "à poser sur le parasol ou à accrocher dans un arbre".
Céline Bouchet, qui vit tout près du lycée Simone-Veil, a sauté le pas. En plus des serpentins, d’une lampe bleue antimoustiques, de la citronnelle et des répulsifs, elle a dépensé 700 euros pour équiper ses fenêtres et portes-fenêtres de moustiquaires. "Je vis toute seule avec ma fille, je peux vous dire que j’en aurais bien fait autre chose", peste-t-elle.
C’est que combattre l’insecte, ça chiffre vite… "Environ 70 euros par mois dans toutes sortes de produits", indique Muriel Depecker. "Nous, on a aussi acheté deux pièges à 300 euros qui ne font rien", ajoute Élise Bouillaguet.En plus des traditionnels serpentins et autres produits antimoustiques, Céline Bouchet a aussi dépensé plus de 700 euros pour équipes toutes ses fenêtres de moustiquaires.
La crainte des maladies transmises par l'insecteEt puis, il y a cette inquiétude liée au fait de devoir se badigeonner dès qu’on sort. "Pour sortir, il faut se mettre trois tonnes de trucs, sans trop savoir quels effets ça peut avoir sur le long terme, notamment sur des peaux d’enfants", glisse cette maman de deux petits de 1 et 3 ans. "En plus, à ces âges, ils se grattent, ça saigne. C’est dur à vivre."
Une autre inquiétude, très présente, : que ces moustiques soient de plus en plus vecteurs de maladies telles que la dengue, le chikungunya et le virus Zika. Face à cela, un même sentiment d’impuissance. "On a suivi les consignes et ça n’a rien changé. On fait quoi maintenant??", interroge cette Briviste, avant d’en appeler, comme beaucoup, à ce que "les autorités compétentes fassent quelque chose?!"
À Brive, la ville a notamment mis en place une "brigade du tigre" pour sensibiliser les habitants et les accompagner dans la traque des gîtes larvaires afin de limiter la prolifération des moustiques. "Six cents habitations dans seize quartiers de la ville ont déjà été inspectées et 300 filets et cordons pour récupérateurs d’eau distribués. Les gens sont très réceptifs, ils ont compris l’enjeu", explique Davis Rama, le chef de service hygiène et santé, qui rappelle que 80 % des gîtes larvaires sont situés sur le domaine privé. Pour toutes questions ou signalements, contacter le service hygiène et santé au 05.55.24.03.72.
Michaël Nicolas