Il y a 140 ans, un chantier gigantesque surplombait la Tardes en Creuse
A l’instar du Courrier de la Creuse, la presse de l’époque se fit l’écho de l’impressionnant chantier du viaduc de la Tardes. Dans son édition du 16 mai 1883, le journal décrit en détail cet ouvrage d’art qu’empruntera la ligne de chemin de fer Montluçon-Eygurande.
« L’un des plus beaux granits »« Il comprendra un tablier d’une épaisseur de 10 mètres et d’une longueur totale de 254 mètres, reposant sur deux piles seulement, élevées sur le roc, des deux côtés de l’eau et séparées par un intervalle de 104 mètres ; chaque pile est séparée de la culée par un intervalle de 75 mètres : ces piles sont tout en maçonnerie, une maçonnerie merveilleusement faite, par parenthèse ; tous les moellons sont liés à la chaux hydraulique ; les blocs de pierre destinés à l’entablement […] sont extraits des carrières de Chénérailles ; c’est l’un des plus beaux granits que nous ayons vu dans la Creuse », lit-on dans le journal.
« Les deux culées sont terminées, la pile qui est du côté d’Évaux le sera aussi à la fin du mois ; l’autre pile en aura 64 et sera terminée dans le courant de juillet. La hauteur du dessous du tablier au niveau de l’eau sera de 91 mètres. […] Les pièces de fer destinées à la construction du tablier sont apportées chaque jour sur la rive droite de la Tardes. On creuse, à cet effet, dans le prolongement exact du pont, une tranchée longue de 100 mètres environ, dont le sol parfaitement plan sera un peu plus élevé ; c’est dans cette tranchée que le tablier sera monté pièce par pièce sur d’énormes rouleaux en bois ; au fur et à mesure de sa construction, on le fera glisser sur ces rouleaux au moyen de leviers ; pour obvier au fléchissement inévitable d’une pareille masse de fer, on lui donnera une inclinaison ascendante de 0,002 mètre et demi par mètre, de telle façon que quand le tablier arrivera sur la pile, ce sera à un niveau encore un peu supérieur ».
Un effet des plus imposants« La construction des piles en maçonnerie nécessite des charpentes formidables, des échafaudages à donner le vertige et sur lesquels se meut tout un monde de maçons et de manœuvres ; un petit pont de service a été jeté sur la rivière pour les besoins des ouvriers dont les surveillants ont sans cesse à se porter d’un côté à l’autre. D’en bas, dans le fracas des eaux se brisant sur les rochers, au milieu de cette gorge si sauvage, si escarpée que s’est creusée la Tardes, l’effet du viaduc, quand il sera fini, sera des plus imposants ; aujourd’hui, les deux piles se dressant vers le ciel ressemblent vaguement à d’énormes cheminées de hauts-fourneaux. […] Un dernier détail pour terminer : le lancement du pont de la Tardes commencera vraisemblablement dans les premiers jours d’août ».
À suivre. Dans notre édition de dimanche prochain.