Jean Dubech tourne la page de sa vie de caviste après trente-sept ans en centre-ville de Brive
Il faisait partie des commerçants qui avaient le plus de bouteille en centre-ville de Brive (Corrèze). D’ailleurs, depuis bien longtemps, personne n’allait plus à la Maison du vin. Quand les Brivistes poussaient la porte de sa cave, rue Massénat, ou de son bar à vin, ouvert en 2019, rue des Carbonnières, c’est bien "chez Dubech" qu’ils allaient.
Une fin de carrière qu'il n'avait pas anticipéeMais après trente-sept ans en centre-ville, le jeune sexagénaire de 61 ans, a décidé de passer la main. "Franchement, au départ, je n’avais pas l’intention de m’arrêter. Je n’y avais même pas réfléchi. Et puis, Anne et Thierry (le couple de repreneurs, NDLR) sont venus me voir, en novembre dernier. J’ai laissé passer les fêtes et, en début d’année, je leur ai dit “ok”. Il y a un âge pour tout…", lâche Jean Dubech.
Celui de la retraite n’est pourtant pas pour tout de suite. Le désormais ex-maître caviste entend bien pousser le bouchon un peu plus loin dans ce monde du vin dans lequel il a toujours baigné. "Je vais continuer à faire un peu de formation et de négoce, parce que j’aime ça. Je ne suis pas lassé", explique-t-il.
Le vin, un héritage familialIl faut dire que chez les Dubech – son frère Vincent est également caviste à Tulle –, le vin est une très longue histoire de famille. Jean Dubech est l’arrière-petit-fils de Jean Janoueix, l’une des figures emblématiques de la saga des Meymac-près-Bordeaux, ces négociants corréziens devenus vignerons dans le Libournais.
"Je suis né dedans, je ne sais faire que ça. Hier soir encore, je me suis endormi avec une revue sur le vin dans les mains", sourit celui qui a aussi tenu, l’hôtel-restaurant Le Petit Clos, à Ussac de 1995 à 2004.
Négociant. Avant de se faire un nom comme vignerons, les Meymac-près-Bordeaux se sont d’abord fait connaître en vendant des vins de Bordeaux dans le nord de la France et en Belgique. Une tradition que Jean Dubech est l’un des derniers à entretenir. Depuis 1992, il continue de se rendre tous les ans "en octobre-novembre, puis au printemps" dans le plat pays pour vendre aussi bien aux restaurateurs et aux cavistes qu’aux particuliers.
"Parmi les premiers en biodynamie" dans le bordelaisLe vin est tellement inscrit dans l’ADN de Jean Dubech qu’en 2003, tout en gardant sa cave à Brive, le Corrézien avait à son tour suivi l’héritage familial en achetant des vignes sur les appellations Saint-Émilion, Fronsac et Canon Fronsac. "Toute la famille est à Bordeaux, glisse-t-il. Donc, au bout d’un moment, quand la cave a été un peu reconnue, ça m’a démangé et j’ai sauté le pas."
Jusqu’à l’année dernière, lorsqu’il a vendu ses parcelles, Jean Dubech s’est autant régalé à produire du vin qu’à en vendre. Avec la fierté, notamment pour son château Riou de Thaillas et son Enclos Saint-Louis, d’avoir été "parmi les premiers, dans le bordelais, à être en biodynamie".
"On a toujours goûté tout ce qu'on a vendu"Au moment de tourner la page de sa vie de caviste, l’homme affiche sa satisfaction d’avoir toujours tenu sa ligne de suivre son palais. Et celui de Pascal Maubeau, son "bras droit" pendant 33 ans. "Les goûts ont évolué, les modes de consommation aussi, mais on a toujours goûté tout ce qu’on a vendu. Et si ça ne nous plaisait pas, je ne le rentrais pas. Ici, les gens viennent chercher un conseil et ils nous font confiance, donc on n’a jamais eu peur de rester un peu en dehors des modes."
Leur nouvelle reconversion, ils en ont eu l’idée après un séjour en Corrèze, en septembre 2020. "On est tombé sous le charme du département, explique Anne. Comme on voulait se rapprocher de nos familles (dans la Vienne et le Maine-et-Loire), on s’est dit que Brive pourrait être une destination de choix."
Après la vente de leur camping, l’an dernier, leur rencontre avec Jean Dubech a fait le reste. "On a tous les deux la passion du vin et on a eu un véritable coup de cœur pour la boutique et le bar", précise Anne. Le couple n’entend d’ailleurs rien changer à l’esprit des lieux, dont il a conservé les trois salariés. "C’était une de mes conditions", souligne Jean Dubech.
Michaël Nicolas