Comment la Corrèze veut innover avec des parcs photovoltaïques au sol collectifs et des retombées partagées entre agriculteurs
Autant le vertueux photovoltaïque sur bâtiments reste la priorité de la Chambre d’agriculture de la Corrèze, autant le photovoltaïque au sol n’était pas sa tasse de thé jusqu'à présent.
« Cela nous met la panique à bord », s’enflamme le président de la Chambre Tony Cornelissen.
Le constat. « Certains agriculteurs peuvent être tentés par ce que j’appelle des diseurs de bonne aventure », poursuit-il. A savoir des investisseurs qui proposent d’importantes sommes de revenus à l’hectare, en moyenne, 2.500 euros.Mais attention, prévient le président, « c’est comme le loto, tout le monde y croit mais il y aura peu d’élus ».
Les capacités de raccordement à des postes source ne sont notamment pas infinies.
Une manne financièreNéanmoins, consciente de la manne financière que le photovoltaïque au sol, dont on attend encore des précisions réglementaires, peut engendrer, la chambre consulaire a revu sa position.
« Avant, on disait non à tout. On a changé de braquet. Plutôt que d’être passif, on va être acteur avec un projet qui s’appelle la Foncière ».
En gros, la Foncière est un portage collectif pour un retour sur investissement local, le plus large possible. En clair, un circuit court de l’électricité avec un retour vertueux pour chaque porteur de part par le biais de ces parcs photovoltaïques collectifs.
Le principe de la Foncière. Les statuts de la SAS (*) la Foncière sont en cours de validation. Ce groupement aura pour objet de porter le foncier et de lancer des appels d’offres auprès d’investisseurs. Tout agriculteur qui le souhaitera (sur un potentiel de 2.000) pourra détenir une part et une seule qui correspondra symboliquement à 1 ha pour une valeur fixe de 3.000 € afin d’éviter toute spéculation. Sous certaines conditions, l’achat sera aussi offert aux propriétaires fonciers et aux collectivités. Ce portage collectif permettra le partage des retombées financières. Les agriculteurs pourront transmettre leur part à leurs enfants agriculteurs. « A défaut, la Foncière rachètera la part et la restituera aux jeunes agriculteurs qui restent une priorité de la Chambre », précise le président.
Le calendrier. Une fois les statuts validés (**) d’ici la fin de l’année, l’heure viendra de la recherche du foncier. « L’objectif étant idéalement de créer un parc par communauté de communes » et « d’éviter une guerre ouverte entre agriculteurs ».
Les observations. Denis Campmas (Confédération paysanne) a jugé « intéressant cette démarche, qui nous étonne, de répartition des profits » tout en revendiquant la vocation des surfaces comme terres nourricières et en déplorant que cet objectif soit « un palliatif visant à augmenter la consommation d’énergie au lieu de la baisser ».Tony Cornelissen voit dans cette solution une façon de lutter contre l’anarchie des projets et « moraliser » la pratique.
(*) Société par actions simplifiées.(**) Le conseil d’administration de la SAS sera accompagné par un conseil de surveillance avec l’Etat, l’Association des maires, le Conseil départemental, la Chambre d’agriculture et la SAFER.
Laetitia Soulier