De l'Orient-Express au TGV, dans le train du livre qui mène à Brive, le cholestérol n'est plus vraiment roi
"Je me souviens d’être arrivée à Brive beurrée comme un petit Lu." Amélie Nothomb ne se plaint pas, mais ça, c’était avant. "Le ratafia à 9 heures du matin", juste après avoir sauté dans le train du livre, gare de Lyon, pour rejoindre Brive, c’est terminé. Une voix féminine souhaite la bienvenue à bord du "train du cholestérol", même si elle précise qu’"aucun met servi dans le train ne fait de mal". Le commissaire de la Foire, François David, préférerait qu’on mesure le "taux de lecture", plutôt que le taux de cholestérol.
C'est sérieuxEn effet, avant que le repas soit servi vers 11 heures, c’est très calme, on parle doucement, on jauge ses voisins. Les uns traitent leurs mails. Les autres ont le regard rivé sur leur téléphone. Bruno Solo travaille son texte. C’est sérieux.
Les officiels passent. Cette année, la ministre de la Culture Rima Abdul Malak ouvre la marche, devant la présidente Florence Aubenas. L’ancienne ministre, Roselyne Bachelot, lève à peine le nez de son ordinateur quand François David vient la saluer. "Il faut que je travaille un peu", glisse-t-elle. Soit.
"Ça ressemble à l'époque""Ça ressemble à l’époque, pose le journaliste, Éric Fottorino. Une époque plus individualiste. On est ensemble, mais on est d’abord devant un écran." Il se souvient de Daniel Prévost faisant des chapeaux avec des serviettes en papier rose. "Il en mettait partout."
Baptiste Ligier, directeur de la rédaction de Lire Magazine, a joué sur le piano du wagon bar de l’Orient Express et son décor de rêve.
"On chantait des tubes très embarrassants de la chanson française."
Amélie Nothomb repense à ce repas chaud servi à l’assiette sur des nappes blanches. "Aujourd’hui, c’est un plateau-repas", mais la romancière ne se plaint toujours pas.
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"Lièvre à la royale, tourte aux ris de veau… Les anciennes voitures nous permettaient de faire des repas chauds. Il y avait même deux cuisines. Depuis cinq ans, c’est un repas froid, même si on réchauffe les burgers de mique", confie Pierre Barbarian, vingt-sept trains du livre à son actif, à la tête de la cuisine. Et 400 repas servis hier entre Paris et Brive.
Des esprits rebellesReste toutefois des esprits rebelles. La voix rappelle avec humour qu’il est interdit de fumer dans les TGV depuis 2005. Certains, on ne donnera pas de noms, n’ont pas pu s’empêcher d’en griller une dans les toilettes.
Alex Vizoreck, lui, a pris l’option "supplément prune de Souillac" qui existe toujours si on se débrouille bien. Il reconnaît ne pas avoir connu "le grand train" mais vient à Brive pour ce voyage et pour le Cardi car, en fait (et pour rire bien sûr), il dit « détester la Corrèze et s’en branler des dédicaces ».
Reste que ce train, plein d’auteurs, n’est pas tout à fait comme les autres : il est rempli de livres et c’est en cela qu’« il ne ressemble pas à l’époque ».
Texte Emilie AuffretPhotos Stéphanie Para