Wikipédia dans le viseur de Donald Trump : la dernière croisade de la Maison-Blanche
Wikipédia, un outil de propagande ? Ed Martin, le procureur fédéral par intérim du district de Columbia (Washington), l’affirme. "Wikipédia permet la manipulation de l’information sur sa plateforme, dont la réécriture d’événements historiques clés et d’informations biographiques sur des dirigeants américains actuels ou passés", assure ce fervent soutien de Donald Trump dans une lettre de quatre pages datée de jeudi dernier et adressée à la Fondation Wikimédia, qui héberge la célèbre encyclopédie collaborative.
"Masquer de la propagande […] sous couvert de fournir du contenu informatif est antithétique avec la mission éducative de Wikimédia", argue Ed Martin, demandant des réponses à une dizaine de questions avant le 15 mai, un délai court. Les allégations du procureur conservateur menacent de remettre en question l’exonération d’impôts dont bénéficie la Fondation.
Une croisade conservatrice beaucoup plus large
L’encyclopédie en ligne est le fruit du travail de plus de 200 000 bénévoles à travers le monde, dont fait partie Molly White. Dans The Washington Post, cette éditrice de Wikipédia inscrit cette lettre dans une campagne plus large menée par l’administration Trump et ses alliés pour "militariser les lois afin d’essayer de réduire au silence des sources d’information indépendantes de haute qualité".
Lancée en 2001, Wikipédia essuie depuis plusieurs années des critiques de conservateurs américains, notamment Elon Musk. L’homme le plus riche de la planète avait déjà appelé à cesser de financer l’organisation à but non lucratif et avait offert en 2023 un milliard de dollars si celle-ci changeait son nom en "Dickipedia", jeu de mots reprenant un mot familier en anglais pour désigner le pénis.
Stop donating to Wokepedia until they restore balance to their editing authority https://t.co/sHjnFTtN5y
— Elon Musk (@elonmusk) December 24, 2024
Après le gel des subventions fédérales à l’université d’Harvard, cette offensive contre Wikipédia, illustre, une fois de plus, la croisade de la Maison-Blanche contre certains médias, instituts de recherche et cercles de réflexions jugés trop à gauche.
Assaut du Capitole et médias russes
Ed Martin n’en est pas à sa première lettre. Plusieurs revues médicales américaines en ont reçu ce mois-ci. Elles prendraient parti dans des débats scientifiques selon le militant conservateur, ex-chef du Parti républicain du Missouri.
En janvier, dès le retour de Donald Trump au bureau Ovale, cet adepte de la communication sur les réseaux devient procureur des Etats-Unis par intérim du district de la capitale américaine, sans avoir d’expérience en tant que juge ou procureur fédéral. Quelques jours après son entrée en fonction, Ed Martin licencie une trentaine de procureurs ayant travaillé sur l’assaut du Capitole. Comme avocat, il avait défendu des émeutiers de l’attaque du 6 janvier 2021.
Ed Martin a été nommé par le président américain procureur fédéral à titre permanent le 17 février. Des élus démocrates cherchent cependant à empêcher la confirmation de cette nomination par le Sénat, à majorité républicaine, notamment pour ne pas avoir divulgué à la chambre haute du Congrès ses plus de 150 apparitions entre 2016 et 2024 dans des médias russes.