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"C’est donc cela, la victoire" : quand Valéry Giscard d'Estaing confiait à L’Express ses souvenirs du 8 mai 1945

Engagé volontaire depuis un an dans la 1ère armée, le brigadier-chef Valéry Giscard d'Estaing, 19 ans, vêtu d’un uniforme américain coiffé d’un calot français, est en marche dans le sud de l’Allemagne à bord du char Carrousel lorsqu’un camarade de régiment hurle au matin du 8 mai 1945 : "C'est fini, les gars, la guerre est finie !" Cette annonce vide aussitôt la tête du jeune Giscard qui savoure avec ses camarades "l’écrasement définitif de l’Allemagne" par les Alliés. Pour le futur président de la République, l’heure est à la célébration de la victoire, pas encore à la perspective d’une réconciliation.

Le 14 juillet, Valéry Giscard d'Estaing et ses camarades du deuxième escadron du 2e dragon défilent sur les Champs-Elysées. Décoré de la croix de guerre, il est démobilisé quelques mois plus tard.

Devenu président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, soucieux de la réconciliation avec l’Allemagne, choisit de supprimer les commémorations du 8 mai 1945 provoquant la colère des associations d’anciens combattants.

Supplément spécial de L’Express du 4 mai 1995

Dans la tourelle du char Carrousel

Au cœur de l’Allemagne envahie, la longue journée d’un jeune brigadier-chef français. Un jour, les soldats de la République fédérale amie et alliée lui rendront les honneurs.

J’ai cherché sur la carte l’endroit exact où nous nous trouvions le 8 mai 1945. Nous, c’est-à-dire mes camarades et moi, qui faisions partie du deuxième escadron du 2e dragons, un régiment de tanks destroyers de la 1ère armée française, en marche dans le sud de l’Allemagne, après avoir franchi le Rhin, Uberlingen, au bord du lac de Constance. Nous avons passé la nuit dans les dortoirs d’une école désertée par ses élèves, où nous avons dormi durant quatre heures à peine. C’est pendant cette période que j’ai découvert la souffrance physique due au manque de sommeil. Je n’aurais jamais imaginé que la privation de sommeil puisse être si douloureuse. Il était 1 heure du matin, largement passée, quand nous nous enroulions pour dormir dans des couvertures de laine kaki, au grain piquant, jusqu’à ce que, brutalement, dans la nuit, la sonnerie du réveil vienne nous débusquer : "Grouillez-vous ! On n’a pas le temps de traîner."

Conformément aux principes du général de Lattre, je me rasais imperturbablement chaque matin à l’eau froide. Puis nous avalions du café noir dans des tasses d’étain cabossées, accompagné d’une grosse miche de pain. Les yeux à moitié fermés, nous grimpions dans nos chars, dont l’intérieur, gardant encore un souffle de la chaleur de la veille, évoquait la douceur d’une chambre à coucher. Comme tireur, je m’asseyais dans la tourelle, sur un tabouret rond accroché à la paroi. Nos camarades de l’étage au-dessous, le conducteur et le radio, fumaient des gauloises en chaîne, dont l’odeur âcre remontait jusqu’à nous. Et nous attendions longuement que nos chefs nous donnent le signal du départ.

Cinquante ans après la fin de la guerre, Valéry Giscard d'Estaing partage avec L'Express ses souvenirs du 8 mai 1945.

Le matin du 8 mai 1945, ce signal se faisait attendre. J’ai relevé jusqu’aux coudes les manches de ma combinaison de toile verte. La guerre commençait à ressembler à une promenade, une promenade entrecoupée, ici et là, du claquement des coups de feu et du crépitement brutal des mitrailleuses, quand nous rencontrions une embuscade.

Fioles de schnaps

Je regardais les trois autres chars de notre peloton, sagement alignés sur l’herbe. Leurs équipages, dont je voyais les têtes dépasser des tourelles, attendaient comme nous l’ordre du départ. Soudain, au bout de la prairie, un de nos camarades pousse la barrière et surgit en courant. Il lève les deux bras. Je le reconnais : c’est le chauffeur de la Jeep de notre lieutenant, un juif algérien de petite taille, aux cheveux bouclés, qui s’appelle Atlan. Il nous hurle, en gesticulant : "C’est fini, les gars ! La guerre est finie ! On va signer l’armistice !"

Nous nous penchons du haut de nos chars. Les plus éveillés sautent à terre. On interpelle Atlan : "Qu’est-ce que tu déconnes ? D’où sors-tu cette histoire ?" Il se lance dans des explications de plus en plus hachées : "Le lieutenant vient de l’entendre à la radio. Les boches vont signer l’armistice ! De Lattre va partir à Berlin. Je vous le dis, les gars, la guerre est finie !"

Il est tellement excité, énervé, que sur son visage chiffonné je ne distingue pas les grimaces des rires de celles des larmes. Chacun veut poser sa question, dans un grand brouhaha. On se propose de déboucher des fioles de schnaps, ces bouteilles que nous avons cueillies au passage, quand les habitants des villages allemands que nous traversions nous les tendaient, sans doute pour acheter notre mansuétude.

Atlan m’interpelle : "Qu’est-ce que tu attends pour descendre ? On va trinquer ! C’est la victoire !" Je saute en bas de mon char. J’ai la tête vide. Dans ce tapage joyeux, je me sens étranger, inutile, éloigné de tout. C’est donc cela, la victoire, la victoire que nous attendions ! C’est fini, la guerre ! Dans les heures suivantes, nous avons cherché à nous renseigner. Les Allemands avaient accepté un armistice, nous apprenait-on. Mais les Américains et les Soviétiques exigeaient une capitulation sans conditions. Elle serait signée le lendemain, 9 mai, à Berlin. Le général de Gaulle avait obtenu que le général de Lattre, notre commandant en chef, y représente la France, à côté des trois grands Alliés. De toute façon, les combats étaient arrêtés, et ne reprendraient plus.

En 1995, L'Express commémore dans un numéro spécial le 50e anniversaire de la victoire des Alliés.

A quoi pensions-nous ? A rire, à boire, à nous raconter bruyamment tous les plaisirs et toutes les audaces de la prochaine "quille", où les filles joueraient un rôle prépondérant, que chacun décrivait à son avantage. Le sens de la victoire pour nous était simple : une victoire sur les Allemands, au sein d’une alliance conduite par les Etats-Unis, dont le poids et l’influence nous paraissaient immenses, et hors de notre contrôle.

"Tu te prends pour Raphaël ?"

La 1ère armée française, dans laquelle nous combattions, faisait partie d’un groupe d’armées américain, commandé par le général Devers. Nos chars, nos uniformes étaient américains. Seul notre calot, noir et blanc, était français, comme aussi les appellations de nos chars, baptisés des noms de monuments et rues de Paris - Arc de triomphe, Champs-Elysées, rue de la Paix - en souvenir de l’époque où notre régiment, encore à cheval, était cantonné à l’Ecole militaire. Notre char s’appelait Carrousel. C’est moi qui avais peint son nom, en lettres blanches, sur les deux côtés du blindage, un jour où nous étions de repos. Mes camarades, gouailleurs, avaient admiré mon art : "Tu te prends pour Raphaël !" Plus tard, de la fenêtre de mon bureau du ministère des Finances, j’aimais contempler la silhouette rose de l’arc de triomphe du Carrousel, dans le soir tombant, avec un sentiment furtif de possession.

Nous connaissions les Allemands comme des adversaires de combat. La plupart d’entre nous n’en avaient jamais rencontré. Nous savions que la population locale redoutait notre arrivée. Elle était terrifiée par les récits diffusés par la radio de Stuttgart, qui nous représentait comme une horde d’Africains ivres, violeurs et pilleurs. Quand nous sommes entrés dans une maison à Donaueschingen, pour y chercher un abri pour la nuit, nous avons été accueillis par les sanglots incohérents des femmes, qui avaient caché leurs filles et leurs enfants dans la cave. Je n’ai pourtant jamais été témoin d’aucune exaction, en dehors de quelques brutalités et des grossièretés habituelles aux armées en campagne.

"Ôte-toi de là ! Je veux venger mon frère !"

Certains d’entre nous, en raison d’une blessure intérieure, apportaient à notre combat un surcroît de haine. Ainsi, trois jours auparavant, notre colonne progressait lentement près de Radolfzell, en suivant une route entre deux villages. Celle-ci était bordée de vergers, dont les arbres fruitiers portaient leurs premières fleurs, roses et blanches. En raison de ma position de tireur, je guettais de la tourelle tous les mouvements menaçants, en déplaçant lentement le tube du canon en direction du danger possible. J’ai vu soudain surgir, dans ma lunette, un homme en uniforme qui se dégageait des troncs des arbres. Il avançait les bras levés. Comme il n’était pas très éloigné, je me suis hissé des deux mains sur le rebord de la tourelle pour mieux l’apercevoir. Il m’a paru grand, plutôt âgé, et il portait une casquette d’officier et une longue redingote verte. Il nous faisait signe, de ses deux bras levés, qu’il venait se rendre.

J’ai senti une brusque bourrade dans mes jambes, et j’ai entendu la voix sèche de mon chef de char, qui me commandait : "Pousse-toi, je vais le descendre. - Tu vois bien qu’il vient se rendre, dis-je. - J’en ai rien à faire, me répond-il. Ôte-toi de là ! Je veux venger mon frère !" Un de ses frères, qui servait dans un escadron voisin du nôtre, avait été tué en novembre, au cours des combats des Vosges.

L’Allemand était maintenant près de nous, à une quinzaine de mètres. Il gardait un air calme, et ne se doutait pas de l’objet de notre querelle. Je me suis mis à penser très vite. Il avait peut-être une famille, des enfants. Je suis même allé, dans les quelques dixièmes de seconde qui suivirent, jusqu’à imaginer sa maison, avec des rideaux blancs aux fenêtres, et à me dire que je ne savais rien de lui, et qu’il avait peut-être sur la conscience des crimes abominables.

Mon chef de char avait pris ma jambe à deux mains. Il la secouait, pour tenter de me déplacer. "Ôte-toi de là, salaud. Je te donne l’ordre de fiche le camp. Sinon, je ne te raterai pas ! J’ai mon frère à venger. Tu t’en fous ! Tu ne sais pas ce que c’est !"Je restais appuyé, englué contre la mitrailleuse. Je ne lui répondais pas. C’est peut-être lui qui avait raison. Mais cet homme venait à nous pour se rendre. Il y a des règles à respecter, même dans les combats, même pour la vengeance. Le maréchal des logis-chef qui conduisait la Jeep placée derrière notre char a aperçu l’Allemand et lui a fait signe d’approcher. Celui-ci tenait toujours les bras en l’air. Comme notre char continuait à avancer, j’ai perdu la scène de vue. On devait être en train d’embarquer l’homme dans un camion Dodge, à l’arrière du convoi, et de le faire prisonnier.

Pendant tous les jours suivants, mon chef de char ne m’a plus adressé une seule fois la parole. Puis l’alcool bu ensemble, pendant une longue veille, a fini par arranger les choses. Provisoirement, du moins ! Car je crois qu’aujourd’hui encore, cinquante ans après, il ne m’a pas pardonné. Nous ne prévoyions pas la réconciliation franco-allemande. Pour nous, comme pour tous les combattants, la guerre signifiait l’écrasement définitif de l’Allemagne.

Serait-elle morcelée, occupée, placée sous tutelle ? Ce dont nous étions sûrs, c’est que tout le nécessaire serait fait pour que ni nous ni les autres Européens n’ayons plus jamais à souffrir de l’agression allemande. Ces sentiments ont commencé à se modifier, imperceptiblement, au cours des mois suivants, pendant que nous occupions la partie allemande du Vorarlberg. Sans que rien change, ni dans notre détermination ni dans la fierté de notre victoire, nous avons découvert une vie quotidienne, des rythmes campagnards, des deuils, qui retentissaient en nous comme certains de nos propres souvenirs. Nous avons passé l’été - un été ruisselant de soleil - à des travaux devenus domestiques : nous nettoyions nos chars avec des chiffons gras pour qu’ils soient prêts pour la parade.

Le général de Gaulle est venu inspecter notre régiment. Il n’a pas eu un seul regard pour nous. Et notre escadron a été sélectionné, selon des critères mystérieux, pour participer au défilé du 14 juillet 1945, à Paris, lors de la grande parade de la Libération. J’apercevais devant moi les croupes carrées des chars qui nous précédaient. Mais, cette fois-ci, c’étaient la place de la Bastille que nous parcourions, la rue de Rivoli, les Champs-Elysées, la place de l’Etoile, où nous nous écartions sagement pour contourner l’Arc de triomphe, puis la porte Maillot, où se dispersait le cortège.

Un autre horizon

Quand je revins à Issoire, au mois d’octobre, pour y être démobilisé et rendre mon paquetage, dont j’ai gardé soigneusement - et frauduleusement - mon calot noir et blanc, ma chemise kaki et ma cravate, j’apportais avec moi une vision différente de l’Allemagne. Quelles qu’aient été ses responsabilités - écrasantes - dans le dernier conflit, j’avais commencé à ressentir qu’elle en avait été, à sa manière, victime avec nous. Bien entendu, elle devait expier ses crimes, comme tous les coupables. Mais, au-delà des horreurs, j’avais découvert, pendant notre occupation du Tyrol, des similitudes, des croyances, des attachements qui ressemblaient aux nôtres. Il m’a semblé que, sous la tapisserie ensanglantée de la guerre, le canevas était constitué du même chanvre, de part et d’autre du grand fleuve rhénan. Ce canevas avait été tissé pendant des siècles par la même influence romaine et chrétienne, avant d’être imprégné, depuis le XVIIIe siècle, d’une même philosophie libérale, rationnelle, et sceptique.

Curieusement, le sentiment que j’éprouvais n’était pas isolé. Je le retrouvais partagé par les membres de la petite bande étrange que nous constituions, composée de musulmans recrutés en Afrique du Nord, de juifs, d’aventuriers courageux, et d’appelés pieds-noirs. Peu à peu, nous sentions la guerre s’éloigner. Un autre horizon se découvrait. Sans qu’il soit temps encore de lui donner le nom de réconciliation, nous commencions à pressentir, dans notre jeunesse guerrière, que le moment n’en tarderait pas à venir…

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