Après le flop des NFT, l’heure est venue de rendre des comptes
Le coup de marteau restera dans l’histoire. Lors d’une vente aux enchères, en mars 2021, Mike Winkelmann, alias Beeple, se sépare d’une de ses œuvres pour 69,3 millions de dollars. Celle-ci n’est pas une peinture ou une sculpture, mais un NFT (pour non-fungible token, jeton non fongible) : une image contenue dans un fichier informatique, dont le droit de propriété figure dans un livre de compte numérique inviolable et infalsifiable, appelé blockchain. Cette vente record, effectuée en crypto-actif, a donné le top départ de ce nouveau marché de la collection en ligne.
Le flop est aujourd’hui indéniable. Dès la mi-2023, une étude constatait l’absence de valeur pour 95 % des fichiers, signe d’une faible demande. Quelques séries d’œuvres phares, comme les Bored Ape ou les CryptoPunks subsistent toujours, mais à des tarifs 90 % plus faibles que lors de leur pic intervenu courant 2022, d’après la plateforme NFTpricefloor. Le volume de vente total des NFT a chuté de 76 % depuis ce court âge d’or, affirme le site DappRadar.
Le marteau des juges
Le désenchantement laisse maintenant place au ressentiment. Le marteau passe des mains des commissaires-priseurs à celles des juges. Les propriétaires de NFT se retournent contre leurs vendeurs, qui sont parfois des grandes marques, comme Nike. En 2021, le célèbre équipementier de sport avait mis la main sur la start-up RTFKT, spécialisée dans le "prêt-à-porter virtuel" et les chaussures. Elle a finalement cessé l’activité, en fin d’année dernière. Des acheteurs réclament désormais cinq millions de dommages et intérêts en justice.
L’ex-star de la NBA Shaquille O’Neal a quant à lui récemment accepté de régler 11 millions de dollars dans un litige l’opposant à des acquéreurs d’un NFT qu’il avait promu, avant de s’en détourner quand le projet s’est finalement effondré. Certains, comme les "Nelk Boys", deux Youtubers américains, sont eux poursuivis pour avoir promis monts et merveilles avec leurs NFT, qui étaient bien souvent vendus - quand ils ne contenaient pas d’œuvres - contre des avantages, tels l’accès à des rencontres exclusives ou des évènements communautaires… Qui ne se sont guère concrétisés.
La filiation des NFT avec le marché des cryptos, extrêmement spéculatif et volatil, n’a sûrement pas aidé à leur essor. La pépite Sorare s’en est par exemple discrètement détachée pour continuer à vendre ses cartes de sport en ligne - qui sont en fait des NFT - en devise classique. Sans oublier les innombrables fraudes aux droits d’auteur, à l’instar du scandale Art Wars d’une collection NFT Star Wars vendue en toute illégalité, une histoire qui a fait l’objet d’un documentaire de la chaîne britannique BBC. Il y a également eu des arnaques pures et dures, des piratages ou l’arrêt fracassant de plateformes de reventes comme sur Kraken. Enfin, le métavers, ces mondes virtuels où l’on imaginait parader avec nos avatars et autres objets dûment achetés pour nos doubles numériques, n’a pas offert cet environnement propice aux transactions de NFT. Le "Web3" en est resté au stade de promesse.
En ligne, l’attention s’est plutôt déplacée sur les chatbots d’intelligence artificielle. Certains intérêts peuvent toutefois ici converger : l’IA est en mesure d’améliorer la sécurité des blockchains, de faciliter la création de contrats intelligents (smart contract) et confectionne parfois de sympathiques images. Un espoir de rebond pour les fervents défenseurs des NFT ?