Etats-Unis : l’agence nationale de météorologie démunie à l'approche de la saison des ouragans
La saison des ouragans dans l’Atlantique, qui s’étend généralement de juin à novembre, arrive à grand pas aux Etats-Unis, mais les services de météorologie censés avoir une mission de vigie fonctionnent au ralenti, faute de personnel. Dans le cadre de la politique de démantèlement de l’administration publique et parapublique, décidée par la Commission pour l’efficacité gouvernementale, la fameuse Doge dirigée par le milliardaire Elon Musk, l’agence américaine chargée des prévisions météo, de l’analyse du climat et de la conservation des océans (NOAA) a récemment dû se séparer d’environ 20 % de ses effectifs, soit près de 500 personnes selon The Washington Post.
Plus de mission 24 heures sur 24
Face à l’absence de météorologues, de prévisionnistes ou encore de techniciens et d’analystes, essentiels au bon fonctionnement des systèmes radar et informatiques, l’agence de météo, plusieurs bureaux ont été contraints à cesser leurs activités 24 heures sur 24. Une mesure radicale pour une agence dont la mission est de préparer et d’alerter un pays face aux intempéries, signale The Washington Post.
Dans quatre bureaux de prévision météorologique, dont deux en Californie, un dans le Kansas et un dans le Kentucky, les effectifs sont si faibles qu’il n’y a pas assez de météorologues pour assurer une garde de nuit, selon la National Weather Service Employees Organization, un syndicat représentant les employés de la NOAA. Tandis que les bureaux du Wyoming, du Michigan, de l’Oregon et de l’Alaska devraient bientôt suivre le mouvement, a indiqué le syndicat. "Ces licenciements compromettent notre capacité à anticiper, à répondre aux événements climatiques extrêmes comme les ouragans ou les incendies", a réagi Maria Cantwell, sénatrice démocrate de l’Etat de Washington.
Interrogé par l’Express, Richard Spinrad, ex-administrateur de la réputée agence météorologique et climatique américaine, alertait déjà en mars sur les effets directs des licenciements et coupes budgétaires, sur la sécurité et l’économie du pays.
L’agence semble en outre dos au mur. Car même si elle voulait de nouveau recruter pour pourvoir les postes vacants, l’institution est limitée dans sa capacité à embaucher, étant soumise à un gel des embauches à l’échelle du gouvernement depuis janvier. Kim Doster, porte-parole de la NOAA, a néanmoins déclaré auprès du Washington Post que l’agence recherchait "activement d’autres autorités de recrutement pour garantir le pourvoi des postes critiques".
Disparition d’une base de données cruciale
Autre coup dur pour l’agence, l’administration de Donald Trump a annoncé jeudi 8 mai cesser d’alimenter la base de données de référence recensant les coûteuses catastrophes climatiques. Cette base de données qui existe depuis des décennies, a été mise en place en 1980 et alimentée jusqu’à 2024. Elle permet aux chercheurs, aux médias et au public de comptabiliser des événements comme des feux de forêt, des tornades ou des ouragans qui causent plus d’un milliard de dollars de dégâts. Mais pas que : comme le souligne le journal Les Echos, l’outil s’est montré crucial pour les chercheurs et les gouvernements locaux, leur permet d’anticiper et de gérer les futures crises, en planifiant leur budget et l’allocation de leurs ressources. La base de données était également cruciale pour le secteur de l’assurance et de la réassurance, dans un objectif d’appréhension des risques notamment.
Selon les dernières informations, l’agence devrait laisser en libre-service les données déjà collectées, et ne plus les mettre à jour à partir de 2025. "En raison de l’évolution des priorités, des mandats statutaires et des changements de personnel, les National Centers for Environmental Information (NCEI) de la NOAA ne mettront plus à jour la base de données sur les catastrophes climatiques causant plus d’un milliard de dollars de dégâts", indique une bannière sur la page d’accueil.
L’affaiblissement de la NOAA s’inscrit dans la droite ligne du climatoscepticisme de Donald Trump, qui a retiré les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat au premier jour de son second mandat. Et son administration semble suivre à la lettre les préceptes du "Projet 2025" rédigé par un groupe de réflexion d’extrême droite qui accuse la NOAA d’être "alarmiste sur le climat".