"Une goutte d’eau dans l’océan" : à Gaza, l’acheminement très chaotique de l’aide humanitaire
"Une goutte dans l’océan", c’est ainsi que Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU, a qualifié l’autorisation par Israël de faire rentrer neuf camions d’aide humanitaire dans la bande de Gaza, lundi 19 mai, après des semaines de blocus. Les besoins sont immenses dans le petit territoire assiégé et bombardé continuellement par Tsahal, où 2,1 millions de Palestiniens sont désormais confrontés à "un risque critique de famine".
Après onze semaines de blocus, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a autorisé lundi l’entrée dans la bande de Gaza de neuf camions de l'ONU qui transportaient de l’aide humanitaire, dont cinq seulement ont pour l’instant traversé le point de passage de Kerem Shalom, au sud est de la bande. L’agence a également annoncé qu’une centaine de camions supplémentaires vont être autorisés à rentrer, lors d’un point presse à Genève, mardi 20 mai.
14 000 bébés pourraient décéder dans les 48 heures
Mais cette aide est bien insuffisante, alors qu’en parallèle, le chef des opérations humanitaires de l’organisation, Tom Fletcher, alerte mardi sur le risque que 14 000 nourrissons ne meurent des conséquences de la famine dans les prochaines 48 heures à Gaza, si plus de denrées alimentaires ne sont pas rapidement acheminées à l’intérieur de l’enclave, selon la BBC.
Le secrétaire adjoint de l'ONU a également témoigné du fait que ses équipes "ont vu les taux de malnutrition infantile doubler en un seul mois", et indiqué que "près de trois familles sur cinq à Gaza ne trouvent pas de pain ou d’aliments frais pour se nourrir, tandis que plus de 60 % ont du mal à accéder à l’eau potable".
Une centaine de camions autorisés à entrer
Mardi, l'ONU a indiqué qu’Israël avait autorisé l’entrée "d’environ 100" camions, lors d’une conférence de presse à Genève, mais sans toutefois savoir précisément quand ces camions pourraient entrer dans la bande de Gaza. Une fois que les forces israéliennes auront laissé passer ces véhicules, ils seront récupérés par les équipes de l'ONU qui se chargeront de les acheminer pour pouvoir distribuer l’aide.
Quatre des cinq premiers camions entrés lundi sont gérés par le Programme alimentaire mondial (PAM) et un par l’Unicef. "La prochaine étape consiste à les collecter, puis à les distribuer par le biais du système existant", a indiqué Jens Laerke. Il a par ailleurs ajouté : "Nous avons demandé et reçu l’autorisation de faire entrer beaucoup plus de camions aujourd’hui […] et nous nous attendons à ce qu’un grand nombre d’entre eux, et nous espérons que tous, traversent aujourd’hui la frontière."
"Risque critique de famine"
On estime néanmoins qu’un minimum de 600 camions d’aide quotidienne seraient nécessaires à la population gazaouie. Le territoire côtier est confronté à un "risque critique de famine", selon le rapport IPC (Cadre Intégré de Classification de la sécurité alimentaire) publié le 12 mai.
"Ce dont les habitants de Gaza ont besoin, c’est d’un accès constant et durable à toutes les fournitures essentielles - non seulement à la nourriture et aux médicaments, mais aussi à l’eau, au carburant et aux articles d’hygiène", a indiqué à la BBC Zoe Daniels, directrice de l’International Rescue Committee pour la bande de Gaza. "Sans cela, les opérations humanitaires ne peuvent pas fonctionner. L’augmentation des ordres de déplacement complique encore notre capacité à déplacer le personnel et les marchandises en toute sécurité".
"Tout ce que nous faisons aujourd’hui, c’est essayer de réparer les dégâts qui ont déjà été causés à de nombreuses personnes", a indiqué de son côté Louise Wateridge, l’une des porte-parole de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (Unrwa). "Pour beaucoup, il est trop tard", a-t-elle averti, en liaison vidéo depuis Amman.
La très lente reprise de l’acheminement de l’aide humanitaire intervient alors qu’Israël intensifie sa campagne militaire dans la bande de Gaza, ayant indiqué vouloir prendre le contrôle total du territoire de 2,1 millions d’habitants. Face aux souffrances infligées aux civils gazaouis, des dirigeants européens ont commencé à hausser le ton contre Israël. Lundi 19 mai, Emmanuel Macron et les Premiers ministres britannique et canadien Keir Starmer et Mark Carney ont menacé le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou de sanctions s’il ne cesse pas son offensive militaire et ne débloque pas l’aide humanitaire.