Droits de douane : ce que l’on sait des négociations en cours entre l’UE et les Etats-Unis
"Les pourparlers commenceront rapidement", a déclaré Donald Trump sur son réseau Truth Social dimanche soir, après un échange avec Ursula von der Leyen. Le compte à rebours est lancé. Après avoir menacé d’imposer des droits de douane de 50 % au 1er juin sur l’Union européenne, le président américain a rétropédalé, retardant l’échéance. "Nous avons eu un très bel appel et j’ai accepté de déplacer la date au 9 juillet", a annoncé le républicain aux journalistes dimanche. Une décision perçue comme une opportunité pour les deux parties de lancer les discussions et de parvenir à un accord. Et surtout, d’éviter une guerre commerciale transatlantique.
Ce n’est pas la première fois que l’Union européenne est menacée par le président américain. Celle-ci a déjà été frappée à trois reprises par des droits de douane de son administration. Après la mise en place de 25 % sur l’acier et l’aluminium mi-mars, de 25 % sur les automobiles et 20 % sur tous les autres produits européens (remplacés plus tard par un droit de douane de 10 %) début avril, Washington a décidé de monter la barre. L’Express fait le point sur les négociations en cours.
Qui est à la tête des négociations ?
Du côté européen, c’est le commissaire au Commerce Maros Sefcovic qui est chargé des négociations. Celui-ci s’est rendu plusieurs fois à Washington, et échange régulièrement avec Howard Lutnick et Jamieson Greer, deux responsables de l’administration Trump. Lundi, après s’être entretenu une énième fois avec eux, Maros Sefcovic a loué de "bons appels" avec les Américains, affirmant que l’Union européenne était "mobilisée" pour parvenir "rapidement" à un accord commercial. "Nous restons en contact permanent", a-t-il assuré.
Le président américain Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont quant à eux eu des contacts plus sporadiques, dont une rencontre en marge des funérailles du pape François et un appel téléphonique dimanche.
Ce que demandent les Etats-Unis
Mais force est de constater que les deux parties, ayant des priorités différentes, peinent à se mettre d’accord. "Les exigences de Trump traduisent une profonde frustration des Américains face à la méthode posée, professionnelle et bureaucratique de l’UE", note auprès de l’AFP Agathe Demarais, chercheuse du European Council on Foreign Relations. L’équipe du président américain "cherche à signer rapidement des accords séduisants, même s’ils n’ont pas forcément beaucoup de substance", continue-t-elle.
Peu de détails ont fuité sur l’avancée concrète des discussions, mais les grandes lignes des priorités américaines sont connues. Donald Trump cherche avant tout à éliminer le déficit commercial des Etats-Unis avec l’Union européenne dans l’échange de biens. Pour y parvenir, son administration incite les Européens à importer davantage de gaz naturel liquéfié (GNL) américain, considéré comme un levier stratégique tant sur le plan économique que géopolitique.
Le président américain cible également les nombreuses barrières dites "non tarifaires" en vigueur dans l’Union européenne. Parmi elles, figurent des réglementations sanitaires jugées trop strictes, des normes environnementales contraignantes mais aussi des politiques de taux de change ou des mesures fiscales telles que la TVA. Bruxelles, de son côté, oppose une résistance ferme, les responsables européens refusant catégoriquement d’abandonner certaines de ces mesures.
Ce qu’espère l’Union européenne
Priorité pour l’Union européenne : éviter des droits de douane XXL qui nuirait à son économie, déjà enlisée dans une quasi-stagnation depuis fin 2022. Bruxelles a d’ailleurs affirmé avoir présenté une proposition détaillée à Washington, avec comme mesure principale une exemption de droits de douane totale et réciproque pour les produits industriels, dont les voitures. Une offre que Donald Trump a qualifiée d’insuffisante.
Olof Gill, un porte-parole de la Commission européenne, a déclaré que l’Union européenne suggère que les deux parties pourraient réduire les tarifs sur les produits industriels à zéro. "Nous pensons que c’est un point de départ très attrayant pour une bonne négociation", a-t-il justifié. Dans le cas où les négociations n’aboutiraient pas, l’Union européenne prévoit des mesures de riposte : elle affirme être prête à taxer quelque 136 milliards de dollars de biens américains tels que des motos, des avions, des machines à coudre.
Cap sur les prochaines étapes
Les négociations devraient prochainement s’accélérer. D’après la présidente de la Commission européenne, le but est que les pourparlers avancent de manière "rapide et décisive". Le président américain a confirmé cette volonté, affirmant qu’Ursula von der Leyen "voulait entamer des négociations sérieuses". Bruxelles ne perd pas de vue son objectif : que les deux dirigeants échangent sur ce dossier en marge du sommet du G7, prévu au Canada à la mi-juin.