Proportionnelle aux législatives : qui est pour, qui est contre ?
François Bayrou a estimé ce dimanche 29 juin qu’il y avait "une majorité" au Parlement pour voter en faveur d’un mode de scrutin proportionnel aux élections législatives. Invoquant des "sensibilités différentes" au sein du "socle commun", il a déclaré, dans l’émission du Grand Jury sur RTL/PublicSénat/LeFigaro, qu’il présenterait un texte en fin d’année après "le travail budgétaire" ou en début d’année prochaine.
????????️"Il y a une majorité à l'Assemblée pour la proportionnelle. Je présenterai un texte après notre travail budgétaire."
— RTL France (@RTLFrance) June 29, 2025
Le Premier ministre François @bayrou dans #LeGrandJury @publicsenat @Le_Figaro @m6info. pic.twitter.com/Lji3gxKkhn
François Bayrou a entamé le 30 avril une série de consultations des forces politiques sur l’élection des députés à la proportionnelle. Tous les partis n’ont pas le même avis sur la question. Voici les principales positions.
Le camp présidentiel divisé
Sur ce sujet, le camp présidentiel est divisé. Le MoDem y est favorable, Horizons y est opposé et Renaissance va interroger ses militants tout l’été, avant un vote en septembre.
Le Premier ministre (MoDem) défend une proportionnelle intégrale par département comme en 1986, alors que depuis l’instauration de la Ve République (à l’exception des législatives de cette année-là), les députés sont élus au scrutin majoritaire à deux tours.
L’ancien Premier ministre Edouard Philippe, chef de file d’Horizons, s’est de son côté dit fin mai "défavorable" à un mode de scrutin proportionnel pour les élections législatives, car il conduirait selon lui à une "absence de majorité" et pourrait "distendre le lien entre l’électeur et le député".
Les Républicains opposés à toute forme de proportionnelle
A droite, les Républicains sont eux aussi vivement opposés à la proportionnelle. Leur président Bruno Retailleau, également ministre de l’Intérieur et donc chargé de l’organisation des élections, avait dit qu’il refuserait de "porter" une telle réforme. Il a redit dimanche sur BFMTV qu’elle rendrait "structurel" le "bazar" à l’Assemblée nationale.
Fin mai, le parti avait publié un communiqué qui rejette catégoriquement ce mode de scrutin. "Parce que nous sommes gaullistes, nous nous opposons au retour du régime des partis, et à la politique politicienne qu’elle implique", ont écrit les Républicains, promettant de se lancer "de toutes leurs forces dans cette bataille contre la proportionnelle".
Dans une tribune publiée sur L’Express ce lundi, le nouveau vice-président du parti Guillaume Larrivé appelle par ailleurs à ne pas "affaiblir ce qui reste de la Ve République", la proportionnelle n’étant d’après lui "pas le remède".
Les Socialistes indécis
A gauche, le Parti socialiste n’a pas encore arrêté sa position sur la proportionnelle. "On nous a donné quelques hypothèses de travail sur lesquelles nous allons maintenant réfléchir et nous n’avons donné aucune conclusion définitive à notre entretien", a déclaré lors des consultations fin mai à la presse le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, à la tête de la délégation. "Nous attendons de savoir ce qu’est vraiment la proposition qui sera sur la table."
Les communistes, eux, n’ont pas fait savoir leur position précise. La proportionnelle n’est "pas la priorité" des Français d’abord préoccupés, selon le leader communiste Fabien Roussel, par leur "pouvoir d’achat". Il a jugé "un peu vague" le projet de François Bayrou et "attend de savoir quel sera le texte complet".
Les Ecologistes favorables, mais pas à l’échelon du département
Les Ecologistes sont favorables à la proportionnelle, mais plutôt régionale et non départementale. La patronne des Ecologistes Marine Tondelier a rappelé mardi 3 juin que son parti était "très opposé à la proportionnelle départementale", qui crée une "inéquité territoriale" selon elle, puisque ce "n’est pas une vraie proportionnelle" dans les départements "où il n’y a que deux ou trois parlementaires".
Nous rencontrons ce soir le Premier ministre avec @Cyrielle_Chtl et @Melanie_Vogel_ pour défendre une vraie proportionnelle, celle que nous portons depuis toujours dans notre mouvement, et exiger des réponses franches sur l’écologie.
— Marine Tondelier (@marinetondelier) June 3, 2025
Mon intervention avant la rencontre ⤵️ pic.twitter.com/FQ1rbF8lvQ
"Il semble que le Premier ministre convienne des contre-arguments qu’on a pu opposer au scrutin départemental", a relevé la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, qui a réclamé un "débat public" sur la question.
La France Insoumise veut une proportionnelle régionale
Les députés de La France insoumise défendent aussi une proportionnelle "à un échelon régional", qui permet "de garantir à la fois un besoin de représentativité des différents courants politiques", "une exigence de gouvernabilité, et une exigence de représentation territoriale", a affirmé début mai Manuel Bompard, coordonnateur national de LFI. Ce dernier a souligné que la proposition de LFI "rejoignait" celle des écologistes.
Le co-président de Place publique, Raphaël Glucksmann, se positionne aussi en faveur d’un mode de scrutin proportionnel pour les législatives pour des raisons de "clarification" et de "représentativité infiniment plus démocratique que le système actuel". Fin mai lors des consultations, il a cité le modèle allemand et penche lui aussi pour une proportionnelle "régionale", mais reste "ouvert à la discussion".
Le Rassemblement national pour une prime majoritaire
Le RN de Marine Le Pen et Jordan Bardella est favorable à une proportionnelle, mais différente de celle souhaitée à gauche : le parti à la flamme réclame une prime majoritaire (un certain nombre de sièges est attribué à la liste ayant obtenu le plus de voix), mais il a indiqué qu’il pourrait s’accommoder du modèle de 1986 - départemental, donc, tel que proposé par François Bayrou. "Le scrutin de 1986 […] nous apparaît être un moindre mal", a déclaré le 30 avril dernier Marine Le Pen. "Si c’est sur celui-là que l’on retombe, le RN le défendra".
Le chef de l’UDR Eric Ciotti, ancien Républicain désormais allié du Rassemblement national, s’est aussi prononcé fin mai pour l’ouverture du "débat parlementaire sur le mode de scrutin" aux élections législatives, la proportionnelle souhaitée par François Bayrou permettant selon lui de "mieux représenter les forces politiques dans leur réalité".