Iran : le président Massoud Pezeshkian critiqué pour ses propos "trop doux" sur les Etats-Unis
Il a été élu sur la promesse de renouer le dialogue avec l’Occident pour obtenir une levée des sanctions qui plombent l’économie iranienne. Le président Massoud Pezeshkian fait ce mardi 8 juillet l’objet de critiques en Iran pour avoir appelé à la reprise des négociations avec les Etats-Unis. Le dirigeant a accordé un entretien à l’animateur américain Tucker Carlson, proche du président Donald Trump. Dans cette interview diffusée lundi, le président iranien a déclaré que son pays n’avait "aucun problème" à reprendre des discussions avec les Etats-Unis, en dépit d’une campagne de bombardements menée en juin par Israël avec l’appui des Etats-Unis.
Washington, pourtant engagé depuis avril dernier avec l’Iran dans des négociations sur son programme nucléaire, a bombardé le 22 juin le site souterrain d’enrichissement d’uranium de Fordo, au sud de Téhéran, et des installations nucléaires à Ispahan et Natanz (centre). L’étendue précise des dégâts n’est pas connue.
Les journaux conservateurs iraniens s’offusquent de mots "trop doux" à l’encontre des Américains. "Est-il juste de s’asseoir à nouveau, sans condition, à la même table que ceux qui ont déjà largué des bombes" sur la diplomatie, feint de s’interroger le quotidien Kayhan, connu pour son hostilité envers l’Occident et farouche opposant aux pourparlers sur le nucléaire. "Face à un ennemi dont les mains sont tachées jusqu’aux coudes du sang de notre peuple […], n’y a-t-il pas d’autre solution que de rester ferme […] ?", écrit Kayhan, dont le directeur est désigné par le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ultime décideur pour la politique étrangère.
Des propos "un peu trop gentils"
Le quotidien conservateur Javan regrette pour sa part des propos "un peu trop doux et gentils" du président iranien à l’encontre des Etats-Unis. "Le véritable sens d’une conversation avec un présentateur américain est transmis lorsque les mots montrent la colère du public et sa méfiance totale envers l’Amérique", estime Javan.
Le journal réformiste Ham Mihan salue en revanche "la démarche positive" de Massoud Pezeshkian. "Cette interview aurait dû être réalisée depuis longtemps" écrit le quotidien. Ham Mihan estime que "les responsables iraniens sont malheureusement absents depuis longtemps de l’espace médiatique international et américain".
"Même à l’heure actuelle […] rien n’empêche" des investissements américains en Iran, a encore indiqué Massoud Pezeshkian dans cette interview. Le président iranien s’est toutefois demandé "comment" son pays pourrait "à nouveau faire confiance" aux Etats-Unis. "Comment pouvons-nous savoir avec certitude qu’au milieu des négociations, le régime israélien ne sera pas autorisé à nous attaquer de nouveau ?", s’est-il interrogé, alors qu’une sixième session de ces pourparlers, sous médiation omanaise, prévue le 15 juin, avait été annulée après l’attaque israélienne.
Selon un nouveau bilan de la télévision d’Etat iranienne, au moins 1 060 personnes ont péri en Iran durant la guerre de 12 jours déclenchée par surprise le 13 juin par l’armée israélienne. Dans cet entretien accordé à Tucker Carlson, Massoud Pezeshkian a en outre accusé Israël d’avoir tenté de l’assassiner, sans préciser si cette tentative supposée avait eu lieu durant la guerre. "Ils ont essayé oui. Ils ont agi en conséquence mais ils ont échoué", a-t-il affirmé. "J’étais à une réunion […], ils ont tenté de bombarder la zone où nous tenions cette réunion", a ajouté le président iranien, assurant que "c’était Israël", selon une traduction en anglais de ses propos par un interprète.