Etats-Unis : les raisons de la pire épidémie de rougeole du 21e siècle
Depuis début 2025, une grave épidémie de rougeole se propage aux Etats-Unis. C’est la pire crise que traverse le pays en 33 ans, selon un décompte publié vendredi 4 juillet par l’université Johns Hopkins. Une crise que le ministre américain de la Santé, le vaccino-sceptique Robert Kennedy Jr, est accusé d’alimenter.
Cette maladie très contagieuse et grave, auparavant éliminée grâce aux vaccins, signe un retour en force sur fond de baisse des taux de vaccination et de défiance croissante à l’égard des autorités sanitaires.
Pic des cas de rougeole au 21e siècle
Actuellement, 1 277 cas ont été confirmés depuis le début de l’année dans près de 40 des 50 Etats américains. C’est le taux d’infections le plus élevé depuis 1992, où le nombre de cas s’élevait à 2 100, selon des données de l’université Johns Hopkins.
La dernière épidémie d’ampleur avait été enregistrée en 2019 dans des communautés juives orthodoxes de New York et du New Jersey, avec 1 274 cas mais aucun mort à déplorer.
En revanche, l’actuelle épidémie a déjà fait trois morts, dont deux jeunes enfants non vaccinés, alerte le journal Washington Post. Un bilan largement sous-estimé selon plusieurs experts, qui s’inquiètent d’une sous-déclaration des cas. Avant cela, le dernier décès infantile aux Etats-Unis remontait à 2003, trois ans après que la rougeole a été déclarée officiellement éradiquée grâce à la vaccination.
La rougeole provoque de la fièvre, des symptômes respiratoires et des éruptions cutanées. Dans certains cas, des complications plus graves comme une pneumonie et une inflammation du cerveau, peuvent occasionner de graves séquelles et la mort.
Le Texas, berceau de l’épidémie
L’épidémie a éclaté fin janvier dans une zone rurale du Texas, où vit une communauté religieuse mennonite, connue pour être ultraconservatrice et peu vaccinée. Berceau de l’épidémie, l’Etat représente 60 % des cas enregistrés dans tout le pays, selon la base de données de l’université Johns Hopkins. Cités par le Washington Post, les officiels sur place ont enregistré plus de 750 cas, mais ils estiment que le bilan réel est bien plus élevé.
Cette zone du Texas affiche l’un des taux les plus bas de vaccination ROR (qui agit contre la rougeole) chez les enfants de maternelle, aux alentours de 82 %, rapporte le Washington Post. Les responsables de la santé publique sur place ont déclaré au journal rencontrer des difficultés à contrôler l’épidémie, car de nombreuses personnes ne se faisaient pas dépister ou vacciner contre la maladie.
Selon des données du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), le taux national de vaccination ROR chez les enfants de maternelle était légèrement supérieur à 95 % en 2019. Cela équivaut au niveau de protection communautaire jugé nécessaire par les scientifiques pour prévenir les épidémies de rougeole. Le CDC a pourtant alerté que le taux est désormais inférieur à 93 % et continue de baisser.
Montée du vaccino-sceptisisme
Ce retour alarmant de la rougeole survient à l’heure où le pays assiste à une montée des discours vaccino-sceptiques. Le ministre de la Santé américaine, Robert Kennedy Jr, est notamment accusé d’avoir aggravé cette crise sanitaire en alimentant les craintes à l’égard du vaccin ROR, notamment par la diffusion de fausses informations à son sujet.
Selon le Washington Post, Robert Kennedy Jr aurait initialement minimisé la gravité de l’épidémie au Texas après le décès du premier enfant, déclarant que "nous avons des épidémies de rougeole chaque année". Ses appels à la vaccination ont été accompagnés de réserves, soulevant des inquiétudes sur les vaccins que les experts en santé publique ont qualifiées d’infondées.
Le communiqué de l’université Johns Hopkins remarque que "des cas ont été signalés dans une large tranche d’âge, ce qui indique que cette épidémie s’est préparée pendant des années en raison de lacunes persistantes dans la couverture vaccinale contre la rougeole".
Une crise continentale
Cette crise sanitaire se propage également dans le continent nord-américain, le Canada et le Mexique étant en proie à de fortes épidémies. Plus de 3 500 cas ont été recensés depuis le début de l’année au Canada, la grande majorité dans la province de l’Ontario, marqué par le décès d’un nourrisson.
Au Mexique aussi, près de 2 600 cas et neuf morts ont été enregistrés, a rapporté début juillet l’Organisation panaméricaine de la santé.