Désindexer les retraites ? Cette piste explosive qui gagne du terrain en France
Déjà envisagée par le conclave sur les retraites, l’hypothèse d’une désindexation des pensions en 2026 a pris un peu plus de crédit ce jeudi 10 juillet. Le Comité de suivi des retraites (CSR), un comité officiel de cinq experts chargé d’éclairer les pouvoirs publics, a fait des propositions en ce sens.
Il a "formulé une recommandation de rééquilibrage du système de retraites à l’horizon 2030", avec pour "levier principal" la sous-indexation des pensions, c’est-à-dire une réévaluation annuelle moins forte que l’inflation.
Une solution pour rééquilibrer le système
Pour le CSR, dont l’avis tombe juste avant l’annonce mardi par François Bayrou de ses orientations pour redresser les finances publiques, le diagnostic est clair : "L’objectif de pérennité financière du système de retraites par répartition n’est pas respecté".
"Des marges de manœuvre existent" pour le rééquilibrer, compte tenu du fait que le niveau de vie des retraités français "reste élevé en comparaison européenne", écrit le CSR. Ce dernier atteint en moyenne "97 % de celui de la population", seuls l’Italie ou l’Espagne faisant jeu égal ou un peu meilleur en comparaison européenne, note-t-il.
Les experts, qui préconisent une désindexation cumulée d’au minimum 1,9 point jusqu’en 2030, prennent ainsi une position voisine de celle envisagée par le conclave sur les retraites. Celui-ci proposait une sous-indexation de 0,8 point l’an prochain, puis de 0,4 point les années suivantes.
Le CSR explique que cette opération doit se faire sur la base d’un principe d’égalité, déconseillant ainsi une désindexation qui épargnerait les retraités les plus modestes. Selon le président du CSR, Franck Von Lennep, le Conseil constitutionnel n’accepterait pas une telle solution si elle devait être instaurée "trop fortement ou trop longtemps".
Une mesure controversée, mais pas nouvelle
Cette mise à contribution des retraités, sous forme de désindexation des pensions, n’est pas nouvelle. Elle était déjà "au cœur des débats budgétaires l’an dernier, avant que le RN ne s’en offusque et provoque la chute du gouvernement de Michel Barnier", rappelle le journal Les Échos.
Le projet, qualifié de "mesure d'austérité" par les syndicats, envisageait alors de reporter de 6 mois l’indexation des pensions sur l’inflation, mais le passage de la motion de censure a bloqué l’initiative, permettant une revalorisation des pensions de base de 2,2 % en début d’année.
Avant même le gouvernement Barnier, l’ex-ministre du Budget Thomas Cazenave y avait fait allusion dès février 2024. Le président de la République avait alors immédiatement signifié son opposition. En juin, après la dissolution de l’Assemblée nationale, il avait à nouveau insisté : "Le pouvoir d’achat des retraités, ce n’est pas une variable d’ajustement".
Les carrières longues, autre levier de durcissement
Une autre suggestion, avancée par le comité et envisagée lors du conclave, souhaite durcir les conditions d’éligibilité au système des carrières longues. Celle-ci permet notamment aux personnes ayant commencé à travailler tôt de pouvoir partir avant l’âge légal de 64 ans. Ce durcissement pourrait concerner "au moins les personnes ayant commencé à travailler à 21 ans, voire à 20 ans", écrivent-ils.
Ces personnes ont souvent une espérance de vie égale aux autres travailleurs, ce qui enlève une bonne partie de sa justification au dispositif, a estimé en substance Franck Von Lennep. "Au contraire, certaines ont une espérance de vie meilleure que la moyenne", a-t-il ajouté.
Pour l’après-2030, le comité considère que de nouvelles mesures devront être prises, mais ne s’étend pas sur ce qu’elles pourraient être. C’est "l’ensemble des instruments de pilotage" qu’il faudra faire évoluer à l’avenir, "y compris le taux de remplacement", s’est-il borné à indiquer. Jouer sur le taux de remplacement peut consister à baisser les retraites des nouveaux arrivants, en leur laissant la possibilité de travailler plus longtemps pour garder le même niveau de pension. Mais cette nouvelle réforme peut attendre encore un peu, le temps de laisser la réforme de 2023 monter en charge, estime le CSR.
C’est la deuxième fois depuis sa création en 2014 que ce comité adresse une recommandation formelle à l’exécutif. La première fois, en 2017, le gouvernement de l’époque avait répondu par une première tentative de réforme autour de la notion d’âge pivot, qui n’avait pas abouti et à laquelle a succédé la réforme de 2023. Outre Franck Von Lennep, qui est l’ancien directeur de la Sécurité sociale au ministère de la Santé, le comité de suivi des retraites compte deux représentants de l’Insee et un économiste, tous spécialistes des pensions.