Santé : le budget de François Bayrou met les patients à contribution
Le Premier ministre François Bayrou a demandé mardi 15 juillet que les dépenses de santé soient freinées de "l’ordre de" cinq milliards l’an prochain, en demandant notamment un effort de "responsabilisation" des Français qui vont devoir payer une franchise plus élevée sur leurs dépenses de médicaments.
La dépense de santé "augmentera l’année prochaine de 10 milliards d’euros. Ce n’est pas soutenable. Je propose que nous fassions l’effort de limiter cette hausse de moitié", a indiqué le Premier ministre en présentant son plan de maîtrise du déficit des finances publiques. Le Premier ministre n’a pas énuméré toutes les mesures qui permettront d’arriver à ce résultat, se contentant de donner quelques exemples. L’Assurance maladie avait déjà proposé de son côté le 24 juin un plan de 3,9 milliards d’euros d’économies.
Le plafond des franchises revu à la hausse
D’une manière générale, "nous devons responsabiliser les patients pour que le coût de la santé soit plus concret pour nos concitoyens", a déclaré François Bayrou, en prenant l’exemple de la franchise sur les boîtes de médicaments payée par les assurés sociaux. "Chaque fois que nous achetons une boîte de médicaments, nous en payons une partie" (1 euro par boîte, NDLR) avec un plafond fixé "à 50 euros par an" a expliqué François Bayrou. "Nous pousserons ce plafond à 100 euros", a-t-il ajouté, alors que le sujet est politiquement inflammable.
La ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des familles Catherine Vautrin a de son côté précisé que les franchises seraient désormais "versées directement au comptoir" par l’assuré, "tout simplement pour être plus visibles, pour aider chacun à mieux économiser".
Le statut des affections longue durée révisé
Parmi les autres mesures d’économies figurera également une révision du statut des affections longue durée, avec la "sortie du statut" dans certains cas, a indiqué le Premier ministre, sans donner de détails. "20 % des Français sont en affection de longue durée contre 5 % de la population allemande. […]. Et je ne crois pas que les Français soient en plus mauvaise santé que les Allemands", a-t-il dit.
Catherine Vautrin et l’Assurance maladie ont déjà évoqué la possibilité que les personnes déclarées guéries ou en rémission perdent le statut d’affection longue durée, quitte à le retrouver rapidement si leur pathologie reprenait.
Mettre fin à la "dérive" des arrêts maladie
François Bayrou a par ailleurs indiqué qu’il souhaitait "mettre fin à une dérive" des arrêts maladie. "Les contrôles qui ont été exécutés sur les arrêts maladie de plus de 18 mois ont montré que pour 50 % d’entre eux, ces arrêts de travail n’étaient plus justifiés", a-t-il indiqué.
Il a souhaité notamment qu’un salarié puisse reprendre le travail après plus de 30 jours d’arrêt maladie sans voir le médecin du travail. "A l’exception des maladies professionnelles et des accidents du travail, on dira que c’est le médecin généraliste ou spécialiste qui déterminera la possibilité de reprise du travail", a déclaré François Bayrou. "Comme nous manquons cruellement de médecins du travail, comme d’autres spécialités, des dizaines de milliers de personnes qui souhaiteraient reprendre le travail en sont empêchées […], c’est absurde", a-t-il expliqué.
François Bayrou a également annoncé un "projet de loi à l’automne sur la fraude fiscale et sociale, pour mieux la détecter et la sanctionner et retrouver l’argent perdu".
L’Assurance maladie doit enregistrer un déficit de 16 milliards d’euros en 2025, selon ses dernières prévisions. Elle constitue le plus gros foyer de déficit de la Sécurité sociale, dont le manque à gagner sera de 22,1 milliards d’euros en 2025. Dans son plan d’économies à 3,9 milliards annoncé fin juin, l’organisme prévoyait notamment de revoir les tarifs de certaines activités "à forte rentabilité". Une mission de l’inspection générale du ministère de la Santé (Igas) et de Bercy (IGF) lui a suggéré, dans un rapport publié mardi, de viser les laboratoires de biologie. "La mission a identifié un potentiel d’économies à moyen terme de 650 millions d’euros" dans ce domaine, a-t-elle indiqué.