Budget 2026 : l’ombre de la censure plane déjà sur François Bayrou
"C’est notre moment de vérité", a déclaré mardi 15 juillet François Bayrou, au moment de présenter un plan de rigueur budgétaire pour l’année 2026, visant à réaliser près de 44 milliards d’euros d’économies. Mais si le Premier ministre a respecté les lignes rouges du macronisme, il s’est attiré les foudres de toutes les autres forces politiques, d’autant plus remontées à l’approche des municipales et de la présidentielle.
Gel des dépenses de l’Etat, "année blanche" pour les prestations sociales et les retraites : les annonces ont suscité de vives réactions, et la menace de la censure n’a pas tardé à être brandie. "Ce gouvernement préfère s’en prendre aux Français, les travailleurs et les retraités, plutôt que de faire la chasse aux gaspillages […]. Si François Bayrou ne revoit pas sa copie, nous le censurerons", a ainsi prévenu Marine Le Pen, présidente des députés du Rassemblement national. "La suppression de deux jours fériés, par ailleurs aussi chargés de sens que le lundi de Pâques et le 8 mai, est une attaque directe contre notre histoire, contre nos racines, et contre la France du travail. Aucun député RN n’acceptera cette mesure, qui relève de la provocation", s’est aussi insurgé Jordan Bardella.
A gauche, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a également appelé à "faire partir" François Bayrou, pointant les "injustices" de son plan. "Faire payer le grand nombre pour épargner les très riches […] Attention nous approchons du point de non-retour. Les destructions et les injustices ne doivent plus être acceptées. Il est urgent de mettre un terme à la macronie", a-t-il réagi. "Nous censurerons cette politique de malheur !", a aussi clamé Mathilde Panot, cheffe de file des députés insoumis, selon qui "Bayrou déclare la guerre sociale".
Bayrou durcit encore l’absurdité de la politique macroniste : détruire l’État et les services publics pour ouvrir l’espace au marché. Faire payer le grand nombre pour épargner les très riches. La course à l’abime économique, financier et social devrait donc continuer pour le… https://t.co/YdorHm4o4h
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) July 15, 2025
Pour Olivier Faure, "la seule perspective possible est la censure"
Si LFI et le RN décident de renverser le gouvernement, son sort dépendra mathématiquement du PS. Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure s’est dit sur BFMTV prêt à discuter, mais "sur les bases actuelles, la seule perspective possible est la censure", a-t-il averti. Au sein du parti à la rose, Boris Vallaud a dénoncé "un budget brutal et inacceptable". "Demander toujours plus à ceux qui ont peu… et si peu à ceux qui ont beaucoup n’est ni sérieux ni efficace ni juste", a-t-il commenté.
Les choix budgétaires présentés par François Bayrou sont profondément injustes. Sur les bases actuelles, la seule perspective possible, c’est la #censure ! pic.twitter.com/r72lb5AR3v
— Olivier Faure (@faureolivier) July 15, 2025
A gauche encore, Ian Brossat, du PCF, s’est indigné contre un budget qualifié de "purge". "40 années de vie politique à rien faire et Bayrou explique aux Français qu’ils vont devoir cravacher plus sans rien y gagner. Quand est-ce qu’il dégage ?", a-t-il ajouté.
A l’inverse, les partisans d’Emmanuel Macron ont salué "un moment de courage", alors que le locataire de Matignon a respecté toutes les volontés du chef de l’Etat : pas de hausse d’impôts généralisée et pas de taxe inspirée par l’économiste français Gabriel Zucman sur les "ultra-riches", comme réclamée par la gauche mais qui contrevient à la politique de l’offre, pro-entreprises, du président. "Tout ce qui est du côté de l’activité, de la production, du réarmement et de la stabilité fiscale nous va", a d’ailleurs salué à l’AFP un proche de ce dernier, trouvant François Bayrou "construit et fluide" dans sa présentation.
Sans majorité, l’intéressé a reconnu hier être "à la merci des oppositions", qui peuvent le faire tomber comme ce fut le cas en décembre pour son prédécesseur Michel Barnier, justement sur des textes budgétaires.