"Déficit zéro" : en Argentine, la recette du succès de la méthode Milei
Sous les ovations de la foule, mêlées aux rugissements d’une guitare électrique, le président Javier Milei s’est offert une entrée de rock star, début juin, sur la scène du Forum économique de Madrid. L’ambiance est à la fête, et il y a de quoi : en 2024, l’Argentine a affiché un excédent budgétaire - un exploit pour ce pays longtemps renvoyé à son manque de discipline. La tendance se poursuit cette année, les derniers chiffres montrant un surplus de 0,3 % en mai.
L’explication ? Une baisse de plus de 20 % de la part des dépenses publiques - hors charges d’intérêt de la dette - dans le PIB. Une prouesse signée Federico Sturzenegger, ministre de la Dérégulation et de la Transformation de l’Etat. Armé de sa "tronçonneuse", l’exécutif s’est d’abord attaqué à l’emploi public fédéral, rayant près de 50 000 postes, ainsi qu’aux transferts vers les provinces. Le gel des travaux publics a aussi allégé la facture, tout comme la baisse des subventions sur l’énergie ou les transports. Autres sources d’économies : les retraites et les traitements des fonctionnaires. "Milei a tenu tête à ceux qui le pressaient de les indexer sur l’inflation, ce qui a contribué à l’assainissement budgétaire", explique Alejandro Werner, ancien directeur du département de l’hémisphère occidental du Fonds monétaire international (FMI).
Plusieurs indicateurs se sont redressés : le taux sur un an de l’inflation, qui a longtemps gangrené le pays, est passé de plus de 200 % en décembre 2023 à 43,5 % en mai dernier. Le taux de croissance a également rebondi après un épisode de récession l’an passé. Le gouvernement a même éliminé l’impôt Pais, prélevé sur les opérations en devises étrangères. Des efforts salués par le FMI, qui a validé une enveloppe de 20 milliards de dollars sur quatre ans. En outre, les réserves de la Banque centrale ont été renflouées, permettant de lever une partie des restrictions de change – principal obstacle aux investissements étrangers dans le pays.
Les provinces mises à contribution
Le virage est-il pérenne ? C’est ce qu’espère le FMI, qui fixe le cap d’un excédent primaire à 2,5 % du PIB à moyen terme. Mais "la forte baisse des salaires et des retraites, via la pression inflationniste, et l’arrêt des investissements en capital ne peuvent être maintenus indéfiniment, reconnaît Todd Martinez, analyste chez Fitch Ratings. Milei cherche désormais à maximiser les gains d’efficacité dans les services publics."
Les pistes sont loin d’être épuisées. "La majeure partie de l’emploi public dépend des provinces, qui doivent à leur tour entamer un programme d’ajustement", préconise Juan Luis Bour, économiste en chef du think tank argentin Fiel. Prévues en octobre, les élections de mi-mandat diront si la tronçonneuse a encore la cote.