« Les Fiancés », par A. Manzoni
Ce chef d’œuvre littéraire remporta un bien immense succès lors de sa parution. La situation de la Lombardie du XVIIème siècle qui inspira l’auteur était tout à fait semblable à celle du XIXème qu’il voulait dénoncer. Aujourd’hui encore le livre reste d’actualité . Car c’et l’éternel humain qu’on retrouve dans cette fresque historique, le combat du bien et du mal. Quand elle est tyrannique, la féodalité avec ses oppressions, ses guerres et ses disettes, auxquelles vint s’ajouter la peste, ne peut qu’engendrer la misère, la suspicion, l’enfer sur terre. Manzoni réagit, révèle la grandeur des cœurs simples comme celui de Lucia, et la liberté de penser et d’agir de Renzo qui ne craindra ni l’exil, ni les rumeurs, ni les fausses accusations, et encore moins le lazaret. Il montre l’état de grâce , celle du jeune Ludovic, las de la tyrannie des puissants et qui devient frère Christophe plein d’anxiété scrupuleuse pour les malheureux. L’auteur ne s’arrête pas aux âmes pures. Il ne cache pas la pusillanimité de don Abbondio, curé de campagne qui n’aura pas marié à temps nos fiancés par crainte de la cruauté sadique du potentat, don Rodrigue.
Mais l’Eglise n’est pas composée que de faibles. Le courage de l’archevêque Frédéric Borromée ne parvient-il pas à convertir l’Innomé, le pire des tyrans, le fléau du pays? Tout cela dans une narration romantique où les multiples invasions des envahisseurs comme les sursauts des consciences seigneuriales s’alternent avec des réflexions de l’auteur : l’homme est libre de sa destinée quand il implore l’intelligence divine. Le style est élégant, prégnant, souvent rythmé par des anaphores, des anecdotes métaphoriques, ou de profondes réflexions d’où le fatalisme est banni. Car ce qui importe pour Manzoni c’est de montrer le miracle possible quand la vertu domine la perversité, quand la vie est considérée comme un don sacré. Qu’il soit comme Renzo , milanais ou burgamesque, peu importe, Manzoni est avant tout un Italien avant l’heure …
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