Nutritionnistes, diététiciens, coachs… A qui faire confiance pour mieux manger ?
Une patiente a marqué Marie-Christine Robert, présidente du groupe de réflexion sur l’avenir des diététiciens (Grad). Une dame d’une soixantaine d’années, dénutrie et avec une ostéoporose avancée : "Elle avait été suivie pendant trois ou quatre ans par une naturopathe-nutritionniste, qui en plus de lui donner de très mauvais conseils, lui vendait des compléments alimentaires", se rappelle-t-elle. Sur la recommandation d’un médecin, la patiente avait alors fini par se tourner vers une "vraie" diététicienne… Un cas loin d’être isolé – ces experts de la nutrition assurent voir régulièrement arriver dans leurs cabinets des patients atteints de troubles alimentaires à la suite d’une prise en charge inappropriée.
De fait, il peut parfois s’avérer délicat de s’y retrouver entre les différentes catégories de "professionnels" prétendant nous aider à mieux manger. La palette, en apparence, est large : diététicien-nutritionniste, nutrithérapeute, coach en nutrition, naturopathe-nutritionniste, conseiller en diététique, micronutritionniste… En réalité, seuls les quelque 18 000 diététiciens-nutritionnistes que compte notre pays disposent du titre et de la formation les autorisant à prodiguer des conseils nutritionnels, dans le but d’améliorer ou de préserver la santé. Véritables professionnels du soin, ils ne sont pas là uniquement pour aider à perdre du poids, mais participent à la prévention et à la prise en charge des patients dans différentes pathologies (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires…). Problème, l’appellation "nutritionniste", elle, n’est pas encadrée : de multiples pseudothérapeutes en profitent pour l’utiliser, et brouiller les pistes.
Bientôt un ordre, pour protéger les patients
Face à cette concurrence effrénée, les diététiciens ont décidé de s’organiser. L’Association française des diététiciens-nutritionnistes plaide désormais auprès du ministère de la Santé pour que l’usage du mot "nutritionniste" soit réservé à leurs confrères et consœurs, ainsi qu’aux médecins – et encore, pour ces derniers, à condition qu’ils aient bien suivi une formation spécifique. De son côté, le Grad a également lancé des démarches auprès du ministère en vue d’aboutir rapidement à la création d’un syndicat et d’un ordre. "Le premier aidera à défendre les collègues, tandis que l’autre pourra protéger les patients contre les mauvaises pratiques, et s’attaquer à tous ceux qui usurpent notre titre ou pratiquent l’exercice illégal de la profession", espère Marie-Christine Robert.
Plutôt que d’asséner des recommandations toutes faites et des exclusions alimentaires non fondées scientifiquement (pas de lait ! pas de sucre !) ou de vendre des compléments alimentaires, ces professionnels savent en effet adapter les connaissances en nutrition à chaque cas particulier, pour changer en douceur et dans la durée les habitudes alimentaires. Ils espèrent à l’avenir être encore davantage intégrés dans les parcours de soins et voir au moins certaines de leurs consultations remboursées – un gage de reconnaissance de leur rôle au moment où la prévention prend une importance croissance. Un moyen aussi, pour le grand public, de mieux distinguer ces professionnels formés et les pseudothérapeutes de l’alimentation.