A défaut de gérer convenablement les finances, l’État nounou s’occupe de la « dette de sommeil généralisée »
Le gouvernement du marchand de sable Bayrou cherche à endormir les Français. En 2007, le socialiste de droite Xavier Bertrand, alors ministre de la santé et des Solidarités, lançait un « plan sommeil 2007-2010 » doté de 7 millions d’euros. Il nous expliquait alors que « ce n’(était) pas normal de mal dormir ». Ce plan a, semble-t-il, été d’une redoutable efficacité puisque Yannick Neuder, ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, a dévoilé, il y a a quelques jours, dans le cadre de la « Grande cause nationale santé mentale », une « Feuille de route interministérielle en faveur d’un sommeil de qualité 2025-2026 » (de 28 pages, s’il-vous-plait, ça carbure chez les bureaucrates !).
Lors de la présentation du plan, Yannick Neuder a parlé d’un « enjeu de santé publique essentiel » tant la situation serait grave : « Nous sommes devant une dette de sommeil généralisée ».
Résumons en quelques mots la feuille de route : les Français dorment de moins en moins et de moins en moins bien, ce qui engendre de nombreux risques. C’est la raison pour laquelle le gouvernement propose « 9 mesures phares » selon 4 axes, entre autres « promouvoir un rituel au moment du coucher » des enfants, et 25 mesures, dont 5 engagements. La feuille se clôt avec des « recommandations et conseils pour un bon sommeil » en 14 points dont nous livrons la substantifique moelle à nos lecteurs ébahis (donc éveillés) : « exposez-vous à la lumière du jour » (quid des mineurs de fond ? des cinéphiles ?) ; « aménagez-vous une chambre propice au sommeil », notamment avec une « température entre 18 et 20°C » (on se demande bien comment en été dans la plupart des logements puisque la climatisation n’est pas en odeur de sainteté auprès de nos gouvernants !) ; « si vous ne dormez pas, sortez du lit » (sans commentaire).
En réaction, un article de Grégoire de Rugy (Figarovox, 24 juillet 2025) se gaussait de notre Etat nounou qui voulait « chanter une berceuse aux Français », et il proposait entre autres un « chèque tisane » et une TVA réduite sur les matelas et oreillers… Mais, à vrai dire, le plan que vient de présenter le ministre de la Santé n’a rien que de très normal et ce, à un double égard.
En effet, à partir du moment où l’État a édifié une Sécurité sociale, il s’est ingéré de manière croissante dans la vie privée des « assujettis », Frédéric Bastiat l’avait prédit dès la fin des années 1840. Et à partir du moment où l’Etat se heurte de plus en plus au mur budgétaire, il ne trouve d’échappatoire que dans un normativisme accru, les recommandations ayant en l’espèce vocation à se muer dans un avenir proche en règles incitatives ou prohibitives, lesquelles finissent par s’autoalimenter. Une journaliste de Franceinfo ne demandait-elle pas benoitement (23 juillet 2025) à son invité s’il fallait « obliger à des siestes en école et en entreprise », alors même que la feuille de route ne mentionne pas ce tout dernier point même si le ministre s’y était déclaré favorable ?
« Le sommeil doit être politisé » : la Fondation Jean Jaurès en rêvait récemment dans une note (30 avril 2025), elle peut dormir sur ses deux oreilles : le gouvernement Bayrou l’a fait.
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