Guerre commerciale : Au-delà du Mercosur, quels accords commerciaux l’UE pourrait-elle bientôt conclure ?
Alors que le marché américain se ferme, et que l’UE vise le « de-risking » – la réduction de ses dépendances critiques – vis-à-vis d’une Chine peu coopérative, les Européens doivent impérativement diversifier leurs partenariats commerciaux. C’est en tout cas la conviction d’une large majorité d’États membres, et de la Commission européenne qui a intensifié ses efforts afin de conclure davantage d’accords de libre-échange. Zoom sur les principaux projets dans les tuyaux dans cet article proposé par notre partenaire La newsletter BLOCS.
L’Union, dont le commerce avec l’extérieur représente 43% de son PIB et qui compte à ce jour pas moins de 40 traités de ce type, la liant à 76 pays, pourrait toper avec davantage de partenaires dans les tout prochains mois. Il y a bien sûr le deal avec les pays du Mercosur, conclu en décembre dernier, et qui pourrait faire l’objet d’un vote à la table des Vingt-Sept à l’automne, mais ce n’est pas tout.
Indonésie – Bruxelles et Jakarta se sont engagés le 13 juillet dernier à conclure, dès septembre prochain, cet accord qui libéraliserait les échanges commerciaux et les investissements. Entre l’Europe et la première économie de l’ASEAN, ce serait la fin d’une négociation qui dure depuis près de 10 ans. Ces discussions avaient été ralenties ces dernières années par des tensions autour des instruments développés par l’UE pour verdir ses relations commerciales (le règlement anti-déforestation importée, et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ou MACF, en particulier). L’UE reprochait pour sa part au pays de 286 millions d’habitants des mesures protectionnistes délétères – restreignant notamment l’accès à ses précieuses ressources en nickel. Les Vingt-Sept voient dans ce projet l’occasion d’ouvrir ce vaste marché à leurs exportations, de sécuriser des approvisionnements en minerais critiques et plus globalement, de renforcer les liens économiques avec la région indo-pacifique.
Inde – 10e partenaire commercial de l’UE, en croissance rapide, l’Inde présente un marché de 1,4 milliards de consommateurs, encore largement protégé de la concurrence étrangère. Traditionnellement protectionniste, le géant asiatique se montre de plus en plus ouvert à développer des partenariats, en témoignent les accords récemment conclus avec l’Australie, l’Association Européenne de Libre-Échange (AELE, composée de la Suisse, du Liechtenstein, de la Norvège et de l’Islande) et avec le Royaume-Uni. L’objectif de New Delhi : accélérer l’entrée de capitaux afin de favoriser le développement du tissu économique national, et diversifier les débouchés face à l’incertitude créée par la politique commerciale américaine. Figure de proue de l’opposition au MACF européen, l’Inde est connue pour être un redoutable négociateur. L’appétence politique de part et d’autre pourrait toutefois aider à dépasser les griefs traditionnels, qui concernent notamment le niveau d’ouverture aux échanges agricoles.
Malaisie, Thaïlande et Philippines – Avec ces trois partenaires d’Asie du Sud Est, l’exécutif de l’UE a également réengagé des discussions qui avaient été ouvertes dans les années 2010, puis mises en suspens. En dépit des réserves exprimées, là aussi, à propos de l’agenda vert de l’UE, l’intérêt au rapprochement économique et commercial est partagé par ces économies, à la faveur notamment d’une réorientation des priorités stratégiques de l’Asean autour des enjeux numériques et du commerce de biens et services « verts » (éoliennes, voitures électriques, etc.). Il s’agit pour l’Union de diversifier ses chaînes d’approvisionnement et de sécuriser un accès privilégié à des marchés en croissance.
Australie – Alors que l’UE est le troisième partenaire commercial de l’Australie (50 milliards d’euros d’échanges en 2024), les exportateurs européens subissent une concurrence accrue sur le marché australien – en particulier face à leurs homologues britanniques, bénéficiant d’un accord bilatéral ainsi que des termes du Partenariat transpacifique global (PTPGP). Lancées en 2018, les négociations en vue d’un accord de libre-échange achoppent toutefois sur l’accès au marché européen de produits dits “sensibles” (bœuf, agneau) ainsi que sur la protection des indications géographiques. Les deux alliés sont néanmoins parvenus à s’entendre, en mai 2024, sur un partenariat sur les minerais critiques et stratégiques durables. Suspendues depuis 2023, les discussions autour d’un traité commercial devraient quant à elles reprendre à la rentrée, suite à l’engagement pris par Ursula von der Leyen et le Premier ministre Albanese en novembre dernier.
Autres accords – La proactivité de la Commission se manifeste également par la conclusion de partenariats de coopération avec l’Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan), la reprise des discussions avec les pays du Conseil de coopération golfe, et les Émirats-Arabes-Unis en particulier, ainsi que la multiplication des accords pour le commerce numérique (Singapour, Corée du Sud).
Clément Solal
Cet article Guerre commerciale : Au-delà du Mercosur, quels accords commerciaux l’UE pourrait-elle bientôt conclure ? est apparu en premier sur Le Moci.