Accord États-Unis/UE : quelles conséquences pour les entreprises européennes ?
En annonçant un droit de douane de 15 % sur les importations européennes, Donald Trump présente sa rencontre de dimanche avec Ursula von der Leyen comme une victoire stratégique. Le pire a sans doute été évité : une taxe de 30 % aurait possiblement provoqué une riposte de l’Union européenne. Mais le protectionnisme n’apporte pas de solution ; il aggrave les déséquilibres qu’il prétend corriger. Pendant ce temps, plusieurs secteurs clés de l’économie européenne, comme la sidérurgie et l’automobile, subissaient déjà depuis le printemps 2025 des droits de douane de respectivement 50 % et 25 %, imposés par Washington. Donald Trump s’enorgueillit aussi d’un « accord gagnant », incluant 750 milliards de dollars d’achats d’énergie américaine et 600 milliards d’investissements directs sur le sol américain.
Pourtant, les chiffres sont sans appel. Ensemble, les États-Unis et l’Union européenne concentrent 30 % du commerce mondial de biens et services, et représentent 43 % du PIB mondial. En 2024, le commerce transatlantique a pesé 1 680 milliards d’euros et chacun était le principal partenaire commercial de l’autre pour les échanges de biens. Cet équilibre est aujourd’hui menacé.
L’Europe n’est pas à l’abri de cette dérive protectionniste. Les droits de douane décidés au printemps frappent déjà des filières stratégiques. Le secteur automobile, pilier industriel de l’UE, en est l’exemple le plus frappant. Depuis l’entrée en vigueur des mesures, Volkswagen a enregistré 1,3 milliard d’euros de pertes. « Les droits de douane américains de 15 %, qui s’appliquent aussi aux produits automobiles, coûteront des milliards chaque année aux constructeurs allemands », alerte Hildegard Mueller, présidente de la VDA (Union de l’industrie automobile).
Même constat dans la sidérurgie, touchée par des taxes allant jusqu’à 50 % sur le marché américain. Selon un rapport d’EUROFER, l’association européenne de l’acier : « En 2025, contrairement aux attentes antérieures qui tablaient sur des perspectives industrielles plus favorables et une amélioration de la demande d’acier, la consommation apparente d’acier devrait à nouveau diminuer (-0,9 %). Cette révision à la baisse est en grande partie attribuable à l’incidence prévue, bien que difficile à quantifier, des tarifs douaniers américains et à l’incertitude et aux perturbations commerciales qui en découlent ».
La France ne sera pas épargnée. En 2024, selon une étude du service statistique ministériel des douanes, près de 14 700 entreprises françaises ont exporté pour 48,6 milliards d’euros vers les États-Unis. Parmi elles, 2 000 réalisent plus de 10 % de leur chiffre d’affaires sur ce marché. Toujours selon cette étude, une augmentation de 10 % des droits de douane réduirait le taux de marge de 0,6 point en moyenne et de 2 points pour les entreprises indépendantes.
Des secteurs comme les parfums, la maroquinerie et les produits en cuir, jusqu’ici exonérés de taxes depuis avril, seront désormais concernés par les nouveaux tarifs. L’industrie cosmétique pourrait également être durement touchée. Dans un communiqué de presse de la Fédération des entreprises de beauté, Emmanuel Guichard, son Délégué général, alerte : « On pourrait perdre 300 millions d’euros de chiffre d’affaires et mettre en péril jusqu’à 5 000 emplois en France ».
Il est vrai que certains secteurs, comme l’aéronautique et la pharmacie, bénéficient d’exemptions, pour l’instant. Mais comme le rappelle Jean-Philippe Feldman, ce protectionnisme, en affaiblissant l’économie européenne, nuira aussi aux consommateurs américains.
L’article Accord États-Unis/UE : quelles conséquences pour les entreprises européennes ? est apparu en premier sur Contrepoints.