Le taux de pauvreté en France augmente, les dépenses de protection sociale également
Comment se fait-il que le taux officiel de pauvreté s’accroisse dans notre pays, alors même que les dépenses de protection sociale sont au plus haut ?
Libération s’indigne en une des « politiques de restrictions budgétaires annoncées par le gouvernement Bayrou ». Dans les pages qui suivent, Stéphane Troussel, le président socialiste du département de Seine-Saint-Denis, déroule le discours maintenant bien rôdé de la gauche et de l’extrême gauche sur « l’austérité la plus injuste »… qui se traduira par une augmentation des dépenses cette année par rapport à l’année dernière et de l’année prochaine par rapport à cette année !
Mais ce qui retient particulièrement l’attention, c’est le tableau qui illustre l’article intitulé « Face à l’explosion des inégalités, une flopée de mesures insensées ». Il s’agit de l’évolution du taux de pauvreté, à savoir le pourcentage de la population dont le niveau de vie est inférieur à 60 % de la médiane des niveaux de vie, de 1970 à 2023 en France métropolitaine. Le lecteur peut constater que ce taux, à hauteur de 18,2 % en 1970, était inférieur à 15 % à la fin du mandat Giscard, puis jusqu’en 1984, avant d’opérer une remontée au-delà des 16 % en 1996. Les comparaisons sont ensuite délicates car la méthode de calcul a changé pour inclure les revenus financiers et certaines prestations sociales non prises en compte jusque-là. Le taux en 1996 est donc descendu à 14,3 % selon le nouveau mode de calcul, mais il est remonté à 15,4 % en 2024. Il serait évidemment plus important encore avec l’ancienne méthode de calcul.
Il s’agit en fait des données de l’Insee qui ont été dévoilées le 7 juillet dernier sous le titre « Niveau de vie et pauvreté en 2023. Taux de pauvreté et inégalités s’accroissent fortement » (Insee première, n° 2063). Il est toutefois regrettable que Libération ne corrèle pas ces statistiques avec l’étude (23 décembre 2024, mise à jour le 7 mai 2025) de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) qui a pour titre « Les dépenses de protection sociale accélèrent en 2023 en France ». Il en ressort que les dépenses de protection sociale s’élevaient à 31,5 % du PIB en 2023. Sur les 888 milliards d’euros de dépenses, 35 étaient destinées à « la pauvreté et l’exclusion sociale », soit 1,2 % du PIB. La moyenne de l’Union européenne s’élevait à 26,6 % du PIB pour les dépenses de protection sociale, donc presque 5 points de moins que dans notre pays, et à 0,6 % pour les dépenses liées à « la pauvreté et l’exclusion sociale », donc deux fois moins.
Question : comment est-il imaginable que la France, au firmament des dépenses sociales, compte, selon les chiffres officiels, autant de pauvres ? Ne serait-ce pas parce que notre « modèle social que le monde entier nous envie » est un désastre et qu’il faudrait y mettre fin en appliquant les recettes défendues depuis des années par l’Iref (concurrence, privatisation, liberté de choix…) ?
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