Narcotrafic : la solution pour en finir avec ce funeste business, par Nicolas Bouzou
Le narcotrafic est devenu un secteur économique souterrain massif en France. Selon une commission d’enquête sénatoriale de 2024, le chiffre d’affaires du trafic de stupéfiants serait de l’ordre de 3,5 à 6 milliards d’euros par an. Cette activité mobiliserait 200 000 personnes, dont plus de 20 000 à plein temps, et alimenterait près de 3 000 points de deal recensés sur le territoire.
Le marché s’est professionnalisé ces dernières années grâce à la technologie. Messageries cryptées et paiements en cryptomonnaies ont facilité tant la livraison à domicile que le blanchiment. Les trafics internationaux, via les ports du Havre ou d’Anvers, assurent l’approvisionnement, notamment en cocaïne.
Une économie gigantesque et rentable
En 2024, les saisies ont atteint des niveaux historiques : 66 tonnes de cannabis, 21 tonnes de cocaïne et 6 millions de cachets d’ecstasy, rien que pour la France. Mais ces chiffres traduisent davantage la vigueur du marché que sa compression par la force publique. Les zones de non-droit se multiplient, ainsi que les crimes. L’an dernier, 110 personnes sont décédées en raison de violences liées au narcotrafic. Et 42 autres ont été tuées pour les mêmes raisons entre janvier et juin 2025. Il y a fort à parier que ce bilan s’alourdira encore d’ici la fin de l’année.
Il y a quelques jours, un préfet me faisait remarquer que l’Etat se trouvait en difficulté car cette économie parallèle est devenue gigantesque et très rentable. Dès lors, exactement comme dans Le Parrain de Coppola, les narcotrafiquants peuvent, en théorie, tout acheter : policiers, juges, fonctionnaires ou politiques. En outre, le trafic constitue un vecteur d’ascension sociale pour certains jeunes sans horizon professionnel. L’Etat mobilise des moyens croissants pour arrêter les narcotrafiquants et les placer dans des environnements où ils ne pourront pas nuire. C’est l’objet des narcoprisons que Gérald Darmanin a bien raison de faire construire pour y placer les 200 dealers les plus dangereux.
Culpabiliser l’usager
Ceci étant dit, on oublie qu’il existe un moyen très simple de ruiner le narcotrafic : cesser de consommer de la drogue. L’économie de marché est ainsi faite que sa structure dépend in fine de la demande. Or, que voyons-nous ? Qu’en matière de consommation de drogue, la France penche du mauvais côté de la balance.
Le cannabis compte désormais 21 millions d’expérimentateurs, dont 5 millions d’usagers annuels et près de 900 000 usagers quotidiens. Mais c’est la cocaïne qui connaît la plus forte dynamique. Cette drogue est désormais consommée une fois par an par plus d’un million de personnes. Les acheteurs sont majoritairement masculins, âgés de 25 à 44 ans, souvent polyconsommateurs. Si l’usage festif reste central, la cocaïne s’installe aussi dans certains milieux professionnels comme moyen de "tenir le coup" face au stress et à la charge de travail.
Comme le montre l’essor de la cocaïne, en dépit des saisies, l’offre s’adapte à la demande. De nombreux maires le disent : comment lutter contre les points de deal alors que les consommateurs peuplent nos villes ? A long terme, réduire la consommation est la seule manière efficace d’endiguer l’expansion du narcotrafic. Cela suppose de conjuguer une approche répressive et préventive. Préventive en expliquant davantage les ravages de la drogue, y compris celles dites "douces", sur la santé et le cerveau. Répressive, à l’instar de la Suède qui a adopté une politique sanctionnant sévèrement la consommation. Celle-ci est considérée comme un délit pénal passible d’amendes, voire de peines de prison pouvant aller jusqu’à six mois pour une simple consommation, et davantage en cas de récidive. Ce volet répressif s’appuie sur une forte présence policière, des contrôles fréquents et des tests salivaires autorisés dès lors qu’un agent soupçonne une prise.
Affaiblir la consommation pour tuer le narcotrafic exige aussi de culpabiliser les usagers et de les placer vertement devant leurs responsabilités. Au bout du compte, celles et ceux qui s’éclatent, jouent les stars décadentes ou se donnent des frissons en achetant de la cocaïne sont les véritables responsables des morts liées à ce business funeste.