Pour le philosophe Pierre Tevanian,« l’antiwokisme, c’est le sommeil de la raison »
Il y a encore des extrémistes de gauche en France pour chanter les louanges du wokisme…
Le philosophe Pierre Tevanian coanime avec la féministe Sylvie Tissot le « collectif » (terme à la mode insupportable) « Les mots sont importants ». Il a parfaitement raison sur ce point car, comme l’écrivait Confucius, cité par Friedrich Hayek, « lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté ». Malheureusement, notre éloge s’arrêtera là car la consultation du site « lmsi » (la première lettre de chacun des quatre termes précités) vaut le détour entre critique de « l’islamophobie » et condamnation du « génocide » à Gaza. Ce « collectif » n’est-il pas à l’origine de l’appel des « Indigènes de la République » en 2005, qui se voulait antiraciste et « décolonial » ?
Pierre Tevanian a donné à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Soyons woke, dont le titre donne immédiatement la couleur (le rouge vermillon…), un entretien sur deux pages à L’Humanité (27-29 juin 2025), photographie en jeans et haut de survêtement à l’appui (pour faire « cité » sans doute). Bille en tête, il étrille l’antiwokisme et il chante en contrepoint les louanges du wokisme, paré de toutes les vertus : « Le wokisme désignait la valorisation de l’éveil et de la vigilance éthique, l’antiwokisme est donc (sic) une valorisation de l’assoupissement et du sommeil de la raison ». « Le but, ajoute-t-il, a toujours été de défaire des structures étatiques, sociales, idéologiques et culturelles qui assoient l’oppression raciste, sexiste, de classe ou autre ». « Cet horizon d’abolition de l’oppression est au cœur de toutes les traditions de gauche ».
Pour Tevanian, le capitalisme est le mal absolu
En effet, poursuit-il, « c’est bien cette jeunesse stigmatisée comme ‘wokiste’ qui questionne le plus la pseudo-naturalité de la loi du marché ». En revanche, leur doctrine conduit les antiwokistes « à endosser la transphobie, l’antiféminisme et le capitalisme les plus viscéraux et irrationnels ». Pierre Tevanian en conclut que « ce qui fait des morts et des mortes, c’est le racisme, l’impérialisme, la culture du viol, le patriarcat, le capitalisme ».
Il n’est pas sûr que ces propos soient de nature à rehausser la popularité heureusement déclinante du wokisme, mais ils ont le mérite de montrer les amalgames opérés par ses thuriféraires et plus encore les dangers recelés par une idéologie qui se veut rationnelle, voire ultra-rationnelle, mais qui constitue en réalité un défi à la rationalité occidentale, et un témoignage de l’atavisme social (pour paraphraser Yves Guyot) et du primitivisme socialiste.
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