Occupation totale de Gaza : Berlin suspend les exportations d’armes qu’Israël pourrait utiliser
Berlin a amorcé ce vendredi 8 août un changement de cap majeur vis-à-vis d’Israël, dont il était jusqu’ici l’un des plus fidèles alliés. Le gouvernement allemand a annoncé suspendre les exportations d’armes que ce pays pourrait utiliser dans le conflit avec Hamas à Gaza.
Une mesure forte prise par Berlin, qui réagit à l’approbation par le cabinet de sécurité israélien du plan présenté par le Premier ministre Benjyamin Netanyahou, visant à prendre le contrôle total de Gaza, dévastée par la guerre et en proie à une crise humanitaire. Un plan d’ailleurs critiqué par le chef d’état-major israélien.
Il devient "de plus en plus difficile de comprendre" en quoi le plan militaire israélien permettrait d’atteindre ses objectifs dans la bande de Gaza, a asséné dans un communiqué le chancelier allemand Friedrich Merz. "Dans ces circonstances, le gouvernement allemand n’autorise pas, jusqu’à nouvel ordre, les exportations d’équipements militaires susceptibles d’être utilisés" dans l’enclave palestinienne, a ajouté le chancelier, officiellement parti en vacances mercredi.
"Profonde inquiétude" de Berlin
Depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas en octobre 2023, jusqu’au mois de mai de cette année, Berlin avait autorisé l’export d’au moins 485 millions d’euros d’armement vers Israël. Ces livraisons comprenaient des armes à feu, des munitions, des pièces d’armes, des équipements spéciaux pour l’armée et la marine, des équipements électroniques et des véhicules blindés spéciaux, selon une réponse récente du gouvernement allemand à une demande parlementaire.
Dans le communiqué de vendredi, le chancelier Merz a insisté sur la "profonde inquiétude" du gouvernement allemand face à "la souffrance continue de la population civile dans la bande de Gaza". "Avec l’offensive prévue, le gouvernement israélien porte une responsabilité encore plus grande" en ce qui concerne l’aide aux civils dans le territoire palestinien, a-t-il continué, réitérant son appel en faveur d’un accès complet pour "les organisations de l'ONU et d’autres institutions non gouvernementales".
"Le gouvernement allemand demande instamment au gouvernement israélien de ne pas prendre de nouvelles mesures en vue d’annexer la Cisjordanie", a aussi ajouté le chancelier. Depuis le début de la guerre à Gaza, les attaques de colons contre des Palestiniens en Cisjordanie se sont multipliées, et plusieurs responsables israéliens ont publiquement plaidé pour l’annexion de ce territoire occupée par Israël depuis 1967.
Alliés historiques
L’Allemagne - en raison de sa responsabilité historique vis-à-vis de l’extermination de six millions de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale - était jusqu’ici avec les Etats-Unis l’un des plus grands soutiens d’Israël. Pour cela, contrairement à la France, au Royaume-Uni et au Canada, elle n’avait pas promis de reconnaître un Etat palestinien en septembre à l'ONU.
Lors d’une visite en Israël la semaine dernière, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, avait réaffirmé la position de longue date de Berlin, selon laquelle la reconnaissance ne pourrait intervenir qu’après un processus de négociation entre Israël et les Palestiniens. Le ministre avait toutefois ajouté que ce processus "devait commencer rapidement".
Berlin s’était également opposé à la suspension ou à la résiliation de l’accord d’association UE-Israël, qui faisait l’objet d’un réexamen par les 27 pays membres. Mais, devant les souffrances grandissantes des Palestiniens à Gaza, où l'ONU a mis en garde contre une "famine de masse", la pression sur le gouvernement de Friedrich Merz pour prendre des mesures contre Israël s’était fait de plus en plus ressentir au sein de la société allemande.
Pression sociale
Selon un sondage publié jeudi par la chaîne publique ARD, 66 % des Allemands attendaient de leur gouvernement qu’il exerce une influence majeure sur Benyamin Netanyahou, afin de changer la politique israélienne vis-à-vis de Gaza.
Récemment, la presse allemande s’était également fait l’écho de dissensions au sein de la coalition du conservateur Friedrich Merz, certains ministres sociaux-démocrates prônant une attitude plus dure vis-à-vis du gouvernement israélien. Ce vendredi, le vice-chancelier et ministre des Finances, Lars Klingbeil (social-démocrate), s’est empressé de saluer cette "décision juste". "La souffrance humanitaire à Gaza est insupportable", a-t-il déclaré.
Depuis le début du conflit, après l’attaque sans précédent du Hamas, les représailles israéliennes ont déjà fait 61 258 morts à Gaza, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l'ONU. La guerre a plongé dans une profonde crise humanitaire le petit territoire palestinien, dont les habitants dépendent totalement de l’aide internationale pour faire face à la famine.